LETTRE DE RUDY, Pologne, Juillet 2017

LETTRE DE RUDY, FRATERNITÉ SACERDOTALE IESUS CARITAS MESSAGE DE L’ASSEMBLEE  EUROPEENNE DE RUDY , en Pologne, du 12 au 19 juillet 2017

« Czes’c’ » (prononcez « Tchech’tch’ ») : par cette salutation polonaise nous venons vous rejoindre, vous les fraternités d’Europe, et vous adresser ce message, fruit de nos travaux mais aussi de notre prière. Grâce à nos hôtes pleins d’attention et aux rencontres qu’ils nous ont organisées dans diverses paroisses, nous nous sommes approchés des réalités de leur pays et de leur Église et avons laissé résonner le thème de notre assemblée : « Prêtres diocésains et missionnaires, inspirés par le témoignage de Charles de Foucauld ».

EN CONTEXTE EUROPÉEN DE SÉCULARISATION

L’Èvangile du deuxième jour de l’Assemblée, proposé par la liturgie, donne le ton de notre message : «  Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… soyez rusés comme les serpents et candides comme les colombes… (Mt 10,16)

Chacun de nos pays, à des rythmes différents, constate le phénomène de la sécularisation: diminution de la fréquentation des églises, évolutions des valeurs évoquées, lois civiles se distançant de la tradition chrétienne…En un mot le religieux n’a pas la cote. Les communautés et les prêtres sont engagés dans ce mouvement et ils doivent se situer : l’accepter ou le refuser? composer ou se compromettre? Le statut du prêtre en souffre: identité modifiée, position sociale déclassée, autorité relativisée… On comprend alors pourquoi des jeunes hésitent à s’engager dans une voie si insécurisée et qui engage à long terme.

Comme membres de la Fraternité Jésus Caritas nous ne sommes pas épargnés par cette sécularisation, qui marque jusqu’à notre mode vie et notre mission ; nous sommes questionnés : comment transmettre une tradition, une Parole dans cet aujourd’hui sécularisé? Charles de Foucauld, lui, allait au loin; mais aujourd’hui la mission commence devant la porte du voisin.

La ruse du serpent et la candeur de la colombe sont nécessaires pour porter la mission et se frayer un chemin fait d’écoute et de préparation : «  faire son dictionnaire », prendre en compte la culture en place demande du temps et nous n’en avons pas beaucoup…

PRETRES DIOCESAINS DANS UNE EGLISE MISSIONNAIRE

Nos échanges ont montré que dans la plupart de nos pays le développement de la sécularisation, du consumérisme et de l’individualisme rendait l’évangélisation à la fois difficile et nécessaire et que de nombreuses initiatives voyaient le jour autour de la place à redonner à la Parole de Dieu, à une vie paroissiale plus fraternelle et au souci des «  périphéries ».

Reconnaitre et promouvoir le rôle des laïcs dans l’évangélisation est une nécessité. Dans certains diocèses, les évêques ont encouragés la mise en place de groupes qui ont pour première tâche la promotion de la formation des baptisés, en approfondissant leur compréhension de la foi et leur vie spirituelle. Sur le long terme, ces groupes d’évangélisation pourront se concentrer sur l’objectif d’atteindre une communauté plus large, particulièrement d’autres croyants, non pas d’abord par prosélytisme mais pour promouvoir la compréhension et l’accueil réciproque, ainsi que pour communiquer la joie de l’Evangile.

Par suite du manque de prêtres arrivent dans beaucoup de nos diocèses des prêtres venus d’Afrique ou d’Inde pour travailler à l’évangélisation. Moyennant un bon soutien pour les aider à comprendre la culture qui les accueille, leur présence peut être une grande bénédiction pour l’Église, en des lieux où les assemblées sont déjà multiculturelles.

Ce manque de prêtres conduit aussi au regroupement des paroisses, qui offre aux laïcs l’opportunité de prendre des responsabilités plus grandes dans le domaine de l’évangélisation comme aussi dans les divers services. Mais un effort est à faire pour mieux identifier les talents des uns et des autres et discerner comment les mettre au mieux en valeur.

Beaucoup de chemins fructueux ont été entrepris avec les jeunes, comme les Journées mondiales de la jeunesse ou d’autres initiatives prises dans les diocèses. Cela vaut la peine, sans conteste, de consacrer de l’énergie et du temps au service des jeunes, en les aidant à discerner des voies pour résister à la pression du consumérisme. Mais cela ne nous fait pas oublier la nécessité de former les adultes et de leur donner plus d’autonomie.

Nous sommes toujours plus conscients que l’évangélisation ne se produit pas d’abord dans nos églises mais dans les lieux publics. Des exemples ont été partagés d’initiatives dans des centres commerciaux ou d’autres espaces publiques, en cherchant à rejoindre un public plus large.

Les différentes interventions de notre assemblée ont développé la conviction que les prêtres ont besoin d’accompagner, de responsabiliser les fidèles laïcs dans le travail d’évangélisation, et de collaborer avec eux . De la même façon, prêtres et laïcs nous évangélisons plus efficacement lorsque la joie de l’Èvangile transparait dans nos propres vies.

INSPIRÈS PAR LE TÈMOIGNAGE DU FRÈRE CHARLES

La radicalité évangélique de Charles de Foucauld, puisée dans la prière de contemplation et l’adoration, son choix de la pauvreté ainsi que son désir d’être comme Jésus à Nazareth  nous mettent devant la « faiblesse de Dieu » et nous entrainent au dépouillement de toutes prétentions pastorales.

Le témoignage de Fr. Charles nous aide à être des prêtres

– qui apprennent à retourner à l’Évangile pour s’imprégner de l’esprit de Jésus.

– qui choisissent la simplicité de vie jusqu’à la pauvreté pour manifester d’abord le « travail » du grain de blé tombé par terre ( cf . Jn 12,24) : le vrai succès de Dieu se révèle dans son dépouillement. D’où l’invitation à aller aux périphéries existentielles, à se faire solidaires avec les pauvres, plus proches des petits et des crucifiés de l’histoire. La fraternité universelle a sa racine dans l’obéissance à Dieu le Père et aux frères pauvres qui révèlent Jésus ; le pauvre est un vrai « lieu théologique » de la proximité de Dieu et il mène jusqu’à à l’adoration.

– qui apprennent à écouter : d’abord Jésus qui nous parle dans l’Évangile, dans l’Eucharistie et dans le silence du désert, mais aussi tout homme, pour se laisser évangéliser dans la rencontre d’une humanité déjà marquée par la présence de l’Esprit. Nous pouvons nous laisser convertir en ce sens par l’icône de la Visitation. L’écoute de l’autre et de sa vie demandent patience dans le don réciproque d’une présence humaine et amicale. Le temps de l’écoute et de la rencontre amicale est un temps important et précieux pour défricher le terrain avant de jeter la semence de l’Évangile. Avec une telle attitude nous pouvons jouer dès maintenant et à l’avenir un rôle significatif dans la rencontre et le dialogue avec les frères musulmans, bien présents dans la plupart de nos pays.

– qui s’engagent à vivre une Fraternité sacerdotale comme lieu providentiel pour discerner la volonté de Dieu (révision de vie) et pour s’en aider à vivre un apostolat discret, dépouillé de tout moyen extérieur, en mettant toute confiance en Jésus ; et à accueillir la dernière place, celle que Jésus aurait choisie.

CONFRONTES A LA RARETÉ DES VOCATIONS

Dans la majorité de nos pays d’Europe, la baisse des nombres de candidats au ministère de prêtres est très importante. Le contexte général de sécularisation l’explique, comme aussi une culture de l’immédiateté : liberté sans engagement, autonomie sans responsabilité, manque de silence. On relève toutefois chez bien des jeunes de grandes générosités.

Notre réponse pour favoriser l’accueil de l’appel de Dieu passe par le témoignage de notre propre vie de prêtre : quelle place fait-elle au silence, au désert ? Quel contact sait-elle garder avec les jeunes, pour une écoute et un accompagnement ?

Des communautés qui vivent vraiment de la présence du Seigneur ressuscité sont le meilleur terrain pour les vocations et l’exemple du Bienheureux Charles de Foucauld, dont la vie a été féconde sur le long terme, est un encouragement.

APPELES A UNE VIE SIMPLE

L’encyclique du pape François Laudato si a besoin d’être mise en œuvre. Face à la tentation de la consommation et de l’accumulation, une éducation au partage reste à faire. Pour être solidaire, il faut être sobre ! Il s’agit, pour nous prêtres, de mener une vie non pas pauvre, mais simple, qui nous rende accessibles à tous.

Laudato si nous convie à une « sobriété heureuse » et encourage les bons gestes : recycler ; trier ; économiser l’eau, l’énergie et les matières premières ; privilégier les transports en commun ; investir dans le commerce équitable… Mais l’encyclique veut promouvoir surtout une « écologie intégrale », qui donne priorité aux intérêts de la « maison commune ». En ce sens, la crise actuelle de l’accueil des réfugiés nous interpelle et ne peut nous laisser inactifs.

Notre Assemblée européenne avait aussi pour tâche d’élire pour 6 ans un nouveau responsable : Kuno KOHN , de Hambourg en Allemagne , a été élu et a accepté la mission confiée. Qu’il en soit remercié, ainsi que John McEVOY (d’Irlande) qui a tenu cette responsabilité durant les 6 ans écoulés. Notre prochaine Assemblée, en 2020, se tiendra en Angleterre.

PDF: LETTRE DE RUDY, Pologne, Juillet 2017, fr

 

Grégoire CADOR : Lettre aux amis

P. Grégoire CADOR
Solesmes, le 18 juin 2017

Aux amis… de partout !

Chers amis,

Voilà un an je vous écrivais pour vous annoncer que notre évêque de Maroua nous demandait à Christian et moi de revenir en France pour un an pour raisons de sécurité en attendant des jours meilleurs. Je vous demandais alors de nous « porter » ainsi que les communautés de Tokombéré dans la prière et la communion.

Je vous écris aujourd’hui pour vous remercier tous et chacun pour les nombreux signes de gentillesse et de compassion que vous avez su exprimer chacun à sa manière.

J’ai passé une année un peu bizarre. Non pas vraiment « sabbatique », mais en tout cas « sympathique » grâce à l’accueil fraternel de l’évêque du Mans, à l’amitié de mes confrères de la Sarthe, de ma famille bien sûr et du bon réseau d’amis que vous êtes…

Merci à tous ceux qui ont su accompagner, parfois même sans s’en rendre compte, cette épreuve au sens premier du terme. Temps de vérification et d’approfondissement de ma vocation de chrétien et de prêtre.

Je vous passe aussi les étapes médicales qui ont jalonné ces derniers mois et permis de « refaire le bonhomme » même si on ne fait pas du neuf avec du vieux !!!

J’attendais pour reprendre les « circulaires » espérant que l’année d’exil imposé permettrait de clarifier la situation.

De fait, c’est le cas, même si ce qui arrive n’est pas du tout ce que l’on espérait à vue humaine…

Il y a un mois, après une année passée sans nous donner de véritables nouvelles, notre évêque du Cameroun nous a informés, de manière très administrative, que notre retour à Tokombéré n’était pas opportun.

Grâce à la sollicitude Mgr Le Saux, évêque du Mans, je me retrouve désormais missionnaire en Sarthe, même si comme vous vous en doutez bien une grande partie de mon cœur est encore à Tokombéré.

L’évêque me confie d’accompagner les communautés chrétiennes d’Allonnes et d’Arnage, deux paroisses situées en périphéries du Mans ainsi que le service diocésain des migrants tout en participant à l’équipe d’organisation du Synode diocésain.

Je ne peux vous en dire plus pour l’instant étant donné qu’il s’agit de décisions très récentes. Je ne voudrais toutefois pas perdre de temps à confier cette nouvelle mission à votre prière, je sais trop ce que qu’elle m’a apporté dans mon ministère au Cameroun pour ne pas continuer d’y puiser l’inspiration qui me permettra de vivre ce que le bon Dieu me donnera de vivre dans cette nouvelle étape de ma vie. Je vous confie celles et ceux avec lesquels il me sera donné de porter la mission et d’accueillir la vie dans ce coin du monde.

Je vous mets en pièce jointe la lettre que nous avons rédigée avec le P. Christian à l’attention des amis du Cameroun et de France pour les informer de notre situation. Merci de continuer à soutenir les communautés de Tokombéré qui vivent, elles aussi une étape importante de leur histoire.

Nous sommes ensemble !

 

 

 

Pour ne pas perdre les bonnes habitudes, quelques citations glanées dans mes lectures récentes l’année :

Oscar Romero : (Extraits de Roberto Morozzo della Rocca, Mgr Oscar Romero, DDB, Paris, 2015)

« L’Eglise n’a aucun intérêt. Je n’ai aucune ambition de pouvoir et c’est donc en toute liberté que je peux dire au pouvoir ce qui est bien et ce qui est mal. Et ainsi, je dis à n’importe quel groupe politique tout ce qui est bien et tout ce qui est mal. C’est mon devoir. Et avec cette liberté du royaume de Dieu […]… nous devrions nous unir, nous ne devrions pas nous diviser, nous ne devrions pas nous montrer dispersés et souvent complexés face aux organisations politiques populaires, au point de vouloir les apprécier plus que le royaume de Dieu et que ses desseins éternels. Nous n’avons rien à mendier à personne, car nous avons beaucoup à donner à tous. Cela n’est pas de la prétention, mais l’humilité reconnaissante de celui qui a reçu de Dieu une révélation à transmettre aux autres. » (Homélie de Mgr Oscar Romero, 23 mars 1980, veille de son assassinat). (pp. 385-386)

« Tout le monde n’aura pas, nous dit le Concile Vatican II, l’honneur de donner physiquement son sang, d’être assassiné pour la foi. Cependant, Dieu demande un esprit de martyre à tous ceux qui croient en lui. Ainsi, nous devons tous être disposés à mourir pour notre foi, même si le Seigneur ne nous concède pas cet honneur. Oui, nous sommes disponibles, afin que, quand arrivera notre heure de rendre compte, nous puissions dire : « Seigneur, je suis disposé à donner ma vie pour toi. Et je l’ai donnée. » Car donner sa vie ne signifie pas seulement être tué ; donner sa vie, avoir l’esprit de martyre, c’est donner dans le devoir, dans le silence, dans la prière, dans l’accomplissement honnête de sa charge ; c’est donner sa vie peu à peu, dans le silence de la vie quotidienne, comme la donne la mère qui, sans crainte, avec la simplicité du martyre maternel, met au monde, allaite, fait grandir et soigne son enfant avec affection.» (Homélie de Mgr Oscar Romero, 15 mai 1977). (p. 398).

« L’unique violence admise par l’Evangile est celle qui est exercée contre soi-même. Quand le Christ se laisse mettre à mort, voilà la violence : se laisser tuer. La violence envers soi est plus efficace que la violence exercée contre les autres. Il est très facile de tuer, surtout quand on a des armes, par contre, qu’il est difficile de se laisser tuer par amour ! » (Homélie de Mgr Oscar Romero, 12 août 1979). (p. 164).

« Personne ne possède la vérité, à part Dieu. Celui qui veut marcher dans la vérité doit être humble et chercher la vérité avec les autres. On ne va pas discuter pour imposer notre façon de penser. On va discuter pour trouver la réponse de l’autre, celle qui nous manque, c’est une recherche. […] Cela en vaut la peine, surtout quand ce que l’on recherche est aussi important que le bien du pays. » (Homélie de Mgr Oscar Romero, 06 janvier 1980). (p. 231).

St Jean Chrysostome : Homélie avant son départ en exil en 401 (Office des lectures du 13 septembre).

Les vagues sont violentes, la houle est terrible, mais nous ne craignons pas d’être engloutis par la mer, car nous sommes debout sur le roc. Que la mer soit furieuse, elle ne peut briser ce roc ; que les flots se soulèvent, ils sont incapables d’engloutir la barque de Jésus. Que craindrions-nous ? Dites-le-moi. La mort ? Pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage. L’exil ? La terre appartient au Seigneur, avec tout ce qui la remplit. La confiscation des biens ? De même que nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter. Les menaces du monde, je les méprise ; ses faveurs, je m’en moque. Je ne crains pas la pauvreté, je ne désire pas la richesse ; je ne crains pas la mort, je ne désire pas vivre, sinon pour vous faire progresser. C’est à cause de cela que je vous avertis de ce qui se passe, et j’exhorte votre charité à la confiance.

[…/…] En quelque lieu que je sois, vous y êtes aussi : le corps ne se sépare pas de la tête, ni la tête du corps. Si nous sommes éloignés par la distance, nous sommes unis par la charité et la mort elle-même ne pourra couper ce lien. Si mon corps vient à mourir, mon âme restera vivante et se souviendra de mon peuple.

Vous êtes mes concitoyens, vous êtes mes pères, vous êtes mes frères, vous êtes mes enfants, vous êtes mes membres, vous êtes mon corps, vous êtes ma lumière, et même vous êtes plus doux pour moi que la lumière. En effet, la lumière du soleil ne m’apporte rien de comparable à ce que m’apporte votre charité. Le soleil m’est utile à présent, mais votre charité me prépare une couronne pour l’avenir.

Abdelkader : Extrait de Mustapha Chérif, L’émir Abdelkader, Apôtre de la fraternité, Editions Odile Jacob, 2016, p.153.

« Personne ne peut seul faire face aux défis complexes de notre temps. Il n’y a pas d’alternative sage au dialogue, à l’interconnaissance et à la fraternité humaine.»

PDF: Aux amis de partout 19

Lettre de Jean-François et Aurelio, Vernon, mars 2017, Néerlandais

Lieve Broeders,

we zijn deze week samengekomen om te werken voor de Priesterfraterniteit die ons allen verbindt.

We hebben de personen opgeroepen die in het hart staan van onze bekommernissen en die ons motiveren voor de dienst die we samen aannemen: namelijk elkeen van jullie.

In dit kleine Nazareth Vernon, in het huis van onze broeder François MARIN, die ons ontvangt als een vader, brengen wij God dank voor de broeders die jullie voor ons zijn.

Dank, François voor de gastvrijheid die je broederlijk aanbiedt aan de pelgrims die wij zijn.

Dit werk hebben we toegespitst op het herlezen van het leven van onze fraterniteiten.

Wij hebben gedialogeerd en onze meningen en bekommernissen gedeeld om te pogen een antwoord te brengen omtrent de vragen die het leven van onze fraterniteit aanbelangen in de onmiddellijke toekomst:

– de Europese bijeenkomst van de fraterniteiten in Polen deze zomer (Rudy)
– de Wereldbijeenkomst in Indië januari 2019 (Bangalore)
– het bilan van onze activiteiten in 2016 voor de Congregatie van de Clerus in het Vaticaan
– het lanceren van de Fraterniteit in Haïti
– het project om de verantwoordelijken van de verschillende takken van de spirituele Foucauldfamilie te ontmoeten in Aachen, april 2017
– de echo’s van het Jubileumjaar t.g.v. de Honderdste verjaardag van de zalige Charles de FOUCAULD die ons bereiken uit verscheidene landen
– de zorgen omtrent de gezondheid van onze broeder uit Madagaskar Felix
– onze vreugde het herstel te zien bij het verlaten van het ziekenhuis van Suso (Fraterniteit van Madrid, Spanje) na zijn chirurgische ingreep

Maandag 6 maart hebben we een uitwisseling gehad met de verantwoordelijken van de regio Île de France en Normandië (Yves de MALLMANN, Joseph JOURJON, Louis YON en Xavier CHAVANE).

Het was goed elkaar te ontmoeten om de werkelijkheid van het leven en de zorgen van onze fraterniteiten centraal te plaatsen.

Wij erkennen dat wij de ‘doortocht’ in onze Europese Fraterniteiten die steeds maar verouderen, beleven als een echte ‘Nazareth’-tijd.

Het weze een krachtige oproep om deze ‘passage’ hoopvol door te maken om in liefde de tijd van verouderen te beleven in de spiritualiteit van Nazareth. En dit terwijl wij met realisme vaststellen dat er nog weinig jongeren tot onze fraterniteiten toetreden.

Deze tijd dienen wij in eenvoud te beleven en in trouw, om ten einde toe te getuigen van het geloof dat ons bezielt. En dit in een Europa dat de neiging heeft zich terug te plooien op zichzelf, dat weigert vreemdelingen en vluchtelingen te onthalen en dat bang is. Deze angsten vertalen zich in het stijgen van populistische en reactionaire bewegingen.

Vóór alles, in de lijn van paus Franciscus, zijn wij geroepen om door ons leven de universele broederschap te manifesteren die broeder Charles ons nalaat en het missionair charisma van onze priesterfraterniteit Jesus Caritas.

Wij geloven dat de dialoog met de moslims in Europa mogelijk is! Wij beleven die ook in verschillende christelijke gemeenschappen door concrete acties waarbij we elkaar ontmoeten en nabij zijn. De vooroordelen en de bekoringen om in de andere een bedreiging te zien, moeten een voor een vallen. Bijvoorbeeld, in Frankrijk, in sommige volksbuurten, zijn een derde van de inwoners moslim. Wij dienen te leren om samen te leven en om te dialogeren met de werkelijkheid zoals ze zich presenteert.

Dinsdag 7 maart hebben wij in het logement van Jean-François bezoek gekregen van Jacques Gaillot, bisschop van Partenia, lid van onze fraterniteit. Hij is van Parijs gekomen om te participeren aan ons werk. De tijd die we met hem mochten doorbrengen vanaf zijn komst in het station te Vernon tot aan zijn vertrek is een echt geschenk geweest. In de uitwisselingen hebben we kunnen profiteren van zijn wijsheid om te verdiepen hoe we priester kunnen zijn in deze moeilijke tijd, hoe we kunnen blijven openstaan voor hoopvolle dingen en hoe we ons bereid kunnen maken ons te bevrijden van onze zekerheden en van ons Westers comfort… Dank je wel, Jacques dat je er was om jouw levensgetuigenis en je gegeven zijn aan Christus met ons te delen.

Woensdag 8 maart in de namiddag zijn we naar Michel Pinchon getrokken in het pastorij van Gouville. We troffen hem sterk aan, in goede gezondheid. Wij hebben kunnen vaststellen dat zijn huis open blijft voor heel veel bezoeken van mensen uit zijn dorp en verder en dat hij op een edelmoedige wijze zijn ervaringen en wijsheid deelt. We hebben ’s avonds in Dammier het avondmaal genoten met Jan-Louis Rattier, lid van de fraterniteit met Jean-François en de hebben deelgenomen aan een bijeenkomst met mensen uit zijn parochie om na te denken over het Woord van God. Zo konden we delen in zijn dagelijkse pastorale ervaringen. Het is altijd een genade te mogen delen in de Nazareth-ervaring in een christelijke gemeenschap met een broeder van de Fraterniteit, om het leven te beluisteren van de christenen en hun gemeenschap met Christus.

We hebben ook het werk gewaardeerd van Fernando TAPIA, van Jean-Michel BORTHEIRIE en van Manuel POZO in Almera, Spanje, om een document te maken over de ‘Nazarethmaand’. Dit document zal bestudeerd worden en goedgekeurd in de Bijeenkomst van Bangalore. Dank aan deze broeders die op die wijze beantwoord hebben aan de vraag van de Internationale Equipe.

Wij herinneren er meteen nog eens aan dat wij rekenen op de bijdrage van alle regionen om het budget te spijzen voor de internationale Equipe en dit vooral met het oog op de Wereldbijeenkomst in Bangalore, januari 2019. Voor wie het aangaat, wil de Internationale Equipe deze ontmoeting voorzien tegen een betaalbare prijs.

Heel veel dank voor de fraterniteiten die hun bijdrage met edelmoedigheid reeds hebben in orde gebracht.

Onze webstek iesuscaritas.org staat open voor alle fraterniteiten. Wij hopen dat jullie artikelen sturen, nieuws en het aankondigen van de toekomstige initiatieven om ze in de ‘agenda’ aan te plaatsen. Het is een manier om elkaar wederzijds nabij te zijn. Wij vinden het belangrijk dat onze fraterniteiten plaatsen zijn waar wij vernemen hoe we missionair kunnen zijn binnen onze diocesane priestercorpsen.

Op deze plaatsen waar we parochies, hospitalen, gevangenissen, onthaal voor vreemdelingen (verjaagd uit hun landen door oorlog of armoede) en plaatsen van solidariteit met de meest bedreigden van onze samenleving terugvinden, bewaren wij de geest van het appel van Broeder Charles om de ‘laatsten’ te vervoegen. Want het is met hen dat wij de Christus ontmoeten. Er is geen open spiritueel leven mogelijk zonder een edelmoedig en barmhartig hart.

Paus Franciscus nodigt er ons dringend toe uit: « Laten naar buiten treden om aan allen het leven van Jezus Christus aan te bieden… Ik verkies een gehavende Kerk, gekneusd en vuil omdat ze de straat is opgegaan, eerder dan een Kerk die ziek is omdat ze in zichzelf zit opgesloten, gehecht aan het comfort van haar eigen zekerheden. … Meer dan de vrees ons te vergissen, hoop ik dat we bezield blijven door de vrees opgesloten te zitten in structuren die ons een valse bescherming geven, in normen die ons tot onverbiddelijke rechters maken, in gewoontes waarin we ons comfortabel voelen, terwijl er buiten een uitgehongerde menigte wacht en Jezus maar voor ons blijft herhalen: “Jullie moeten hun te eten geven” Mc 6,37).” (De Vreugde van het evangelie, nr. 49).

Vanuit Vernon wensen we jullie een heilzame vasten en een mooie weg naar Pasen toe met Jezus en met je broers en zussen waarmee je tocht bent.

Jean-François en Aurelio

Vernon, Normandië, Frankrijk, 10 maart 2017

PDF: Brief van Jean François en Aurelio, Vernon, maart 2017, neer

Lettre de Jean-François et Aurelio, Vernon, mars 2017

Chers Frères,

nous nous sommes rencontrés cette semaine et nous avons travaillé pour cette Fraternité Sacerdotale qui nous réunit tous. Nous avons évoqué les personnes qui sont au cœur de nos préoccupations et qui nous motivent dans ce service que nous assumons ensemble : c’est-à-dire chacun de vous.

Dans ce petit Nazareth de Vernon, dans la maison de notre frère François MARIN, qui nous accueille comme un père, nous rendons grâce à Dieu pour ces frères que vous êtes pour nous.

Merci, François, pour cette hospitalité que tu offres fraternellement à ces pèlerins que nous sommes.

Ce travail a été centré sur la relecture de la vie de nos fraternités.

Nous avons dialogué et partagé nos opinions et nos préoccupations pour tenter d’apporter une réponse aux questions qui concernent la vie de notre Fraternité dans un proche avenir :

  • L’Assemblée des fraternités d’Europe cet été en Pologne
  • L’Assemblée mondiale à Bangalore en Inde en Janvier 2019
  • Les finances de notre équipe internationale
  • Le Bilan de nos activités en 2016 à envoyer à la Congrégation du Clergé au Vatican
  • Le lancement de la fraternité en Haïti
  • Le projet de rencontre des responsables des différentes branches de la famille spirituelle de Charles de FOUCAULD en Avril 2017 à Aix la Chapelle.
  • Les échos de l’année du centenaire de la mort du bienheureux Charles de FOUCAULD qui nous parviennent de différents pays
  • Notre souci pour la santé de Félix notre frère de Madagascar
  • Notre joie de voir le rétablissement et la sortie de l’hôpital de Suso de la fraternité de Madrid, Espagne, après son intervention chirurgicale…

Lundi, 6 mars, nous avons eu un échange avec les responsables de la région Île de France et Normandie (Yves de MALLMANN, Joseph JOURJON, Louis YON et Xavier CHAVANE)

Ce fut bon de nous rassembler pour mettre en commun les réalités de la vie et les soucis de nos fraternités.

Nous reconnaissons que nous avons un « passage » à vivre dans les fraternités d’Europe qui avancent en âge, comme un vrai temps de « Nazareth ».

Il y a un appel vigoureux à vivre ce passage avec espérance, en vivant avec amour ce temps du vieillissement, dans la spiritualité de Nazareth, en constatant aussi avec réalisme le peu d’entrées de jeunes dans nos fraternités.

Nous avons à vivre ce temps avec simplicité et dans la fidélité à témoigner jusqu’au bout de cette foi qui nous anime, dans cette Europe qui a tendance à se replier sur elle-même, dans le refus d’accueillir les étrangers et les réfugiés et dans ces peurs qui se traduisent par la montée des mouvements populistes et réactionnaires.

Avant tout, dans la ligne du Pape François, nous sommes appelés à manifester par notre vie cette fraternité universelle que nous lègue le Frère Charles et le caractère missionnaire du charisme de notre fraternité sacerdotale Jesus Caritas.

Le dialogue avec les musulmans en Europe, nous croyons que c’est possible !

Et c’est ce que nous vivons dans plusieurs communautés chrétiennes, avec des actions concrètes de rencontres et de rapprochement.

Les préjugés et les tentations de voir en l’autre une menace doivent peu à peu tomber.

Par exemple, en France, dans certains quartiers populaires, un tiers des habitants sont de confession musulmane.

Nous devons apprendre à vivre et à dialoguer avec cette réalité telle qu’elle se présente.

Le Mardi, 7 Mars, nous avons reçu, dans le logement de Jean-François, la visite de Jacques GAILLOT, évêque de Partenia, membre de notre fraternité.

Il est venu de Paris pour partager notre travail.

Ce temps vécu avec lui depuis son arrivée à la gare de Vernon jusqu’à son départ a été un vrai cadeau.

Dans cet échange, nous avons profité de sa sagesse pour approfondir comment être prêtre dans ce monde difficile, comment rester ouverts à l’espérance et être prêts à nous libérer de nos sécurités et de notre confort d’occidentaux…

Merci, Jacques, d’être venu jusqu’à nous et d’avoir partagé le témoignage de ta vie donnée à cause de Jésus.

Mercredi, 8 Mars, dans l’après-midi, nous sommes allés rejoindre Michel PINCHON au presbytère de Gouville. Nous l’avons trouvé fort et en bonne santé. Nous avons constaté que sa maison reste ouverte à de nombreuses visites de personnes de son village et de plus loin et qu’il partage avec générosité son expérience et sa sagesse. Nous avons partagé à Damville, le repas du soir avec Jean-Louis Rattier, membre de la fraternité avec Jean-François, et nous avons participé à une rencontre de réflexion sur la parole de Dieu, avec les gens de sa paroisse, partageant ainsi son expérience pastorale au quotidien. C’est toujours une grâce de participer ainsi à l’expérience vivante de Nazareth dans une communauté chrétienne avec un frère de la Fraternité, dans l’écoute de la vie des chrétiens et dans leur communion avec le Christ.

Nous avons aussi apprécié le travail de Fernando TAPIA, de Jean-Michel BORTHEIRIE et de Manuel POZO à Almeria en Espagne, pour réaliser un document sur le « Mois de Nazareth ».

Ce document sera étudié et approuvé lors de l’assemblée de Bangalore.

Merci à ces frères d’avoir ainsi répondu à la demande de l’équipe internationale.

Nous rappelons également que nous comptons sur la contribution de toutes les régions pour alimenter le budget de l’équipe internationale en particulier dans la perspective de l’Assemblée mondiale de Bangalore en janvier 2019.

Pour ce qui la concerne, l’équipe internationale vise à promouvoir cette rencontre au moindre prix.

Grand merci à toutes les fraternités qui ont déjà apporté leur contribution avec générosité. Notre site iesuscaritas.org est ouvert à la collaboration de toutes les fraternités. Nous espérons que vos articles, les nouvelles et les annonces d’événements à venir pour leur annoncer dans la agenda. C’est un moyen qui nous rapproche mutuellement.

Nous gardons le souci que nos fraternités soient des lieux où nous apprenons ensemble à être des missionnaires au sein de nos presbyteriums diocésains.

Dans ces lieux où nous nous trouvons (paroisses, hôpitaux, prisons, présence et accueil des étrangers chassés de leurs pays par la guerre ou la pauvreté, lieux de solidarité avec les plus démunis de nos sociétés…) gardons toujours à l’esprit l’appel du Frère Charles de rejoindre « les derniers ». Car c’est avec eux que nous rencontrons le Christ.

Il n’y a pas de vie spirituelle sans un cœur ouvert, généreux et miséricordieux.

Comme nous y invite avec force le Pape François :

« Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ…Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie sur les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités… Plus que la peur de se tromper, j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans une fausse protection, dans des normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que dehors, il y a une multitude affamée et jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ! » (Mc.6,37) » (La joie de l’Évangile N°49)

Depuis Vernon, nous vous souhaitons un saint Carême, une belle route vers Pâques, avec Jésus et vos frères et sœurs, comme compagnons de route…

Jean-François et Aurelio

Vernon, Normandie, France, 10 mars 2017

PDF: Lettre de Jean-François et Aurelio, Vernon, mars 2017, fr

Giampiero PALMIERI: eucharistie à Tre Fontane

Tre Fontane – 1-12-2016 – Eucharistie : homélie de don Giampiero Palmieri (traduction de l’italien)

Ce que je rêve, en secret, sans me l’avouer à moi-même, sans me le permettre, et chassant ce rêve, qui revient sans cesse, que je vous dis à vous parce qu’il faut que vous sachiez les derniers fonds de mon âme, ce dont je rêve involontairement, c’est quelque chose de très simple et très peu nombreux, ressemblant à ces premières communautés très simples des premiers temps de l’Eglise… Quelques âmes réunies pour mener la vie de Nazareth, vivre de leur travail comme la Sainte Famille, en pratiquant les vertus de Nazareth dans la contemplation de Jésus… petite famille, petit foyer monastique, tout petit, tout simple ; non point bénédictin. (Lettre à l’abbé Huvelin du 22 octobre 1898)

Nous qui sommes là aujourd’hui, pour une raison ou pour une autre, nous nous retrouvons parce que quelque chose de très profond nous unit à ce rêve, né dans le cœur de frère Charles, entre mille pudeurs et résistances : rêve germé dans l’Eglise comme une semence, jetée par la main de Dieu et devenue un arbre aux racines solides. Nous nous retrouvons dans ce rêve, dans cette semence. Nous pouvons dire que là il y a toute notre vie de disciples de notre Bien-Aimé Frère Jésus.

Et par Frère Charles et les lectures proclamées en cette fête de sa naissance au ciel, nous remontons encore plus jusqu’à ce moment intime et profond de la dernière Cène, réunion de la famille formée par Jésus et ses frères et sœurs, au cours de laquelle il nous confie son rêve à Lui, avec une intensité pas trop lointaine de celle de frère Charles, peut-être (nous l’avons écouté avec tendresse ! C’est le rêve du cœur de Dieu !) : qu’un unique amour circule comme une sève vitale entre le mystère de Dieu Trinité et la vie des hommes ; amour du Père qui par le Fils incarné se répand sur tous les humains, comme un fleuve de grâce qui guérit et qui comble de joie…

C’est par le Christ, par son amitié qui rejoint tous les humains, que ce fleuve fait irruption dans le monde. Mais le rêve de Dieu va au-delà de cela : Il sait que, l’amour vivifiant de Dieu ayant été reversé sur le monde par le Christ, ce même amour qui est l’Esprit Saint de Dieu, se répand et agit quand les hommes s’aiment comme des frères. C’est pour cela qu’Il nous a choisis. C’est pour cela qu’Il nous a donné son commandement. C’est pour cela, il nous le dit dans l’évangile, qu’il écoutera nos demandes. Pourvu que dans le monde se réalise la guérison et la transformation des hommes par le moyen de l’amour. Tout amour participe inconsciemment à cette puissance théologale et rédemptrice de l’amour de Jésus, même celui qui apparemment est loin de cette référence essentielle à Jésus… même celui qui renie la foi et pourtant se penche sur les plaies de ses frères.

Qu’elle est grande la kénose de l’amour de Dieu ! Qu’elle est humble, l’action de l’Esprit ! Il vivifie par les relations les plus ordinaires et apparemment insignifiantes. Voilà ce qui monte du cœur de frère Charles – et c’est dans son rêve qu’il trouve les paroles pour le dire : pour notre transformation Nazareth suffit. Nazareth, c’est l’intimité de la vie de famille où tout le mystère de l’incarnation de Dieu et de sa passion est déjà donné : l’un pour l’autre, nous sommes des frères, des sœurs, des mères, nous ne cessons de nous engendrer, en entrant l’un dans la vie de l’autre, en nous blessant et en pansant les plaies, dans le don d’une amitié fraternelle qui parfois est un baume et parfois brûle et fait mal. C’est avec vigueur que nos communautés refusent d’être des lieux artificiels où l’on mène une existence séparée, faite de formalités – surtout quand ses raisonnements s’appuient sur des faux prétextes religieux. Nous aimons, nous vénérons l’humanité réelle, nous voulons nous situer dans la vraie vie des hommes : là où ils pleurent, où ils rient, luttent, espèrent et désespèrent. C’est là que nous contemplons la présence réelle et cachée de Jésus, son incarnation qui continue. C’est là que nous percevons qu’il continue à aimer, à se donner dans sa passion ; c’est là qu’il continue à être Eucharistie. Voilà notre « petit foyer monastique », notre Nazareth. Au fond nous n’avons pas d’autre tâche en dehors de celle-ci : rendre évidente cette présence du Seigneur, en lui permettant de se manifester par nos regards, nos corps, nos paroles. Dans notre faiblesse, oui, à partir de notre faiblesse, permettre à Dieu de construire ces petites relations d’amour, grandes en réalité : c’est ainsi que la sève de l’Esprit circule. Nous savons qu’il y a en ceci une donnée fondamentale et incontournable de l’évangélisation qui nous attend, tâche de l’Eglise pour notre temps : continuer à promouvoir l’humilité, la gratuité et la béatitude de la pauvreté de tant de petits Nazareth, espaces ecclésiaux où les hommes peuvent faire expérience qu’on y devient plus humains, plus authentiques, plus capables d’aimer : des petites communautés toutes simples, comme aux premiers temps de l’Eglise, écrivait frère Charles dans son rêve…

“Nul n’a d’amour plus grand que celui qui donne sa vie… » Nazareth est un paradis de beauté pour lequel on se livre jusqu’au bout. Pour Nazareth, on peut mourir. La mort peut arriver dans des circonstances et dans des modalités même un peu banales, comme cela a été pour frère Charles. N’importe, cela aussi fait partie de la simplicité de Nazareth. Mais c’est dans ce geste de l’acceptation de la mort même par amour que se révèle le mystère profond de Dieu : Il est le Seigneur qui donne la vie et qui a fait de sa vie divine un immense cadeau d’amour pour les hommes.