Lettre d’Advent 2015, frère responsable

Chers frères,

adviento2015-01en Advent nous avons un espace important pour notre renouvellement personnel et communautaire des valeurs de l’Évangile que nous devons intégrer dans notre vie: attendre le Messie en préparant la maison intérieure; attendre avec les frères et les soeurs de nos communautés en préparant un endroit ouvert pour l’accueil, sans nous fermer par les peurs, les préjugés ou la sensation d’être uniques pour faire bien les choses; attendre avec joie parce que l’Enfant devient à nouveau un enfant et non adulte; attendre dans cette Année de la Miséricorde, dans cette adviento2015-02année aussi du Centenaire de la Pâque du frère Charles, que les hommes sont miséricordieux et qu’un dommage cesse d’être fait, la mort, la souffrance, soyez par les fundamentalismes religieux ou par mépris à la vie de les autres et de ses droits. Les valeurs de la paix, du dialogue, du pardon, de la tolérance, la miséricorde, ne sont pas les plus cultivés dans notre monde. Nous tenons seulement d’eux en compte quand nous avons le danger près ou nos privilèges se découpent. Il nous donne parfois la sensation de ce que rien ne peut changer, ou que tout va à pis. Le pape François nous invite à sortir de nos pessimismes, des échecs, des méfiences… Que le Messie nous apporte cette paix, la fin de la douleur des réfugiés de guerre, la fin du trafic d’armes, d’êtres humains, de drogue et de richesses qui font les plus pauvres aux pauvres. Que le Messie de Dieu naisse chez la Marie des plus petits et humbles encore une fois, et qui se remet la joie, les Droits de l’homme, le pain et le sourire. C’est triste voir ces jours des familles qui font des photos avec des armes à la main, inclus des enfants, pour féliciter le Noël à ses amis ou des parents. Triste et pathétique, mais réel.

adviento2015-03L’Advent est le temps propice pour mettre la journée de désert à profit pour nous permettre de porter par le Seigneur; le temps d’espérance et de renouvellement intérieur. Le désert nous met à notre place à chacun, en comprenant nos limites et misères. Le désert dans l’Advent a un goût à une attente de l’ami ou du parent dans la station du train, ou des autobus, ou dans un aéroport; voyons nous à Jesús baisser par le petit escalier, ou apparaître avec beaucoup de gens avec ses légers bagages et en levant la main pour dire « ici je suis, merci pour m’attendre, pour venir à me recueillir ». “Il n’y a pas de meilleur lieu que le désert pour écouter l’appel de Dieu à changer le monde. Le désert est le territoire de la vérité. Le lieu où on peut vivre l’essentiel. Il n’y a pas d’endroit pour le superflu. On ne peut pas vivre en accumulant des choses sans nécessité. Le luxe et l’ostentation n’est pas possible. Le décisif est de chercher le chemin atteint d’orienter la vie ». (Commentaire de J.A. PAGOLA á Lc 3,1-6) Jésus est près.

Toutes les nouvelles qui arrivent à propos du commencement du Centenaire de la rencontre définitive avec le Père du frère Charles, dans tant de parties du monde, entre les gens simples et dans les fraternités de toute la Famille de Charles de FOUCAULD, me remplissent de joie et d’espérance; tous nous sommes profondément appelés de vivre ce qui est l’Abandon; pouvoir dire avec le coeur à la main « fais de moi ce que tu veux ». Mettons-nous dehors la peur de l’inespéré. Ouvrons la porte à ce qu’il arrive. Vivre le Centenaire depuis le charisme qui nous unit comme Famille est cultiver l’amitié avec les gens, il est être avec ce qui a besoin de nous, c’est vivre selon l’Évangile. Comme nous disions dans la Lettre de Perín l’équipe internationale, c’est approfondir dans ce message de fraternité universelle de Charles de FOUCAULD, si nécessaire pour notre monde et notre Église, en évaluant ce que nous recevons des plus simples et dont ils souffrent soyez où il est.

adviento2015-04Nous devons dire dans nos paroisses que, comme le frère Charles, les hommes de Dieu ont beaucoup de choses que nous dire, au-dessus des tristes messages, des messages superficiels ou frivoles, les appels à la sécurité personnelle ou à la consommation et ostentation . Charles de FOUCAULD commente de cette manière Mt 5,3 (“Bienheureux les pauvres d’esprit parce que c’est de ceux-ci le Royaume des Cieux”): “Attendons! Le salut est près; le ciel est près … Une seule une chose est nécessaire: être pauvre d’esprit … Un pauvre d’esprit est d’être vraiment pauvre au fond de notre âme; vraiment détaché de tout, non seulement des biens matériels, du désir des mêmes, mais s’oublier de lui même, avoir l’âme vide de tous les désirs de ce monde… Vide de tout et plaine de Dieu … Au Dieu nous aurons ces désirs pour les autres … Mais tout à Dieu: seulement Il nous remplira« .

adviento2015-05Nous avons vécu avec préoccupation la visite du pape François à l’Afrique, comme messager de paix et de miséricorde. Nous avons partagé sa rencontre avec d’autres cultures et avec l’Islam; cet homme vaillant qui porte Jesús où il va, bien qu’il soit comme un chef d’État parfois et entouré d’une sécurité, nous donne une espérance et nous rend la joie d’être dans le travail par le Royaume comme prêtres diocésains. La miséricorde qu’il montre avec sa vie, dans les pas qu’ils font renouveler à l’Église pour ce qu’elle soit réellement l’Église de Jesús, les difficultés qu’il trouve à l’intérieur de la même Église, sans doute tout cela est une action de l’Esprit. Unissons notre prière par lui et par tout celui que nous allons recevoir de lui avec son mot et témoignage dans cette Année de la Miséricorde.

adviento2015-06Unissons aussi notre prière pour que les conclusions du Synode de la Famille s’ouvrent à l’Église à avancer dans la lutte par la vie, la vie des personnes, celles qui se sont trompées dans ses mariages, celles qui sont regardées mal par sa condition sexuelle, les personnes qui se sentent et sont chrétiennes, mais qui ne s’adaptent pas au modèle établi. Tous nous connaissons des divorcés, séparés, des gens de foi, et que jusqu’à présent s’ont senti marginaux par l’Église. Nous pourrions penser: de combien de frères prêtres ou des amis ou des amies sommes-nous divorcés? Pourquoi parfois avons-nous comme les ennemis à qui ils partagent notre ministère? Qu’est-ce qui casse la communion ecclesielle, les idées ou les personnes qui ne nous plaisent pas qu’ils ont ces idées ou attitudes?

Dans le Synode de la Famille il a été présent et non seulement avec sa voix, mais aussi avec son vote, Hervé JANSON, le prieur général des Frères de Jesús: nous avons à remercier son témoignage de famille de Nazareth et son courage pour casser des schémas « d’une bonne conduite ».

adviento2015-07Merci, Hervé, par la simplicité avec laquelle tu exprimais cette fraternité universelle d’être avec les plus petits, dans la fidélité au charisme de Charles de FOUCAULD et comme la personne qui vit l’Évangile dans les derniers lieux. Nazareth n’est pas seulement le référant pour nous; il est aussi le modèle de communauté domestique et paroissiale, de fraternité.

En s’éveillant à nos frères malades, en s’éveillant aux frères dans des pays dans une guerre, ou dans une situation de pauvreté extrême, en s’éveillant à tous, je vous désire depuis mon coeur un Advent de renouvellement et d’un Noël où nous permettions que Jesús devienne présent dans notre vie, dans les décisions, dans nos relations, à notre travail.

adviento2015-08Une embrassade d’espérance, et pardon par mon Français si déficient.

Votre frère

Aurelio SANZ BAEZA, frère responsable

Perín, Carthagène, Murcie, Espagne, 8 de décembre de 2015,
solemnité de l’Inmaculée Conception de Marie et commencement de l’Année de la Miséricorde

PDF: Lettre d’Advent 2015, frère responsable, FRANÇAIS

Lettre de Perín, Octobre 2015

LETTRE DE PERIN
EQUIPE INTERNATIONALE
FRATERNITE SACERDOTALE JESUS CARITAS

Perín, Espagne Octobre 2015

Chers frères,

perin2015-01Emmanuel, Jean-François, Félix, Mark, Mauricio et Aurelio, nous avons vécu notre encontre annuelle à Perín, près de Carthagène, en Espagne, dans la maison d’Aurelio, célébrant son 60ème anniversaire, avec notre regard fixé sur vous, tous nos frères en fraternités, vivant au milieu des gens qui nous ont accueillis et inspirés. La joie de nous retrouver et de travailler ensemble a été pour nous un cadeau du Seigneur. Les passagers des aéroports d’Alicante et de Murcia dans la Zone d’arrivée ont peut-être encore en mémoire les accolades que nous avons échangées quand nous nous sommes retrouvés.

CE QUE NOUS AVONS VECU

perin2015-02Dans l’office des Laudes prié en commun, l’adoration, la célébration Eucharistique accompagnée par la pluie d’automne, nous nous sommes sentis portés par votre prière, par l’appui de notre frère Charles qui intercède pour nous et par le témoignage prophétique du Pape François dans le Synode de la Famille que nous avons suivi avec grande attention.

perin2015-03Ensemble nous avons participé à une rencontre avec l’Evêque de Carthagène, José Manuel LORCA PLANES, et aussi à un repas avec la famille de Charles de FOUCAULD de Murcia, accueillis par le fraternité séculière, la fraternité Charles de Foucauld, les petites sœurs de Jésus – avec Anita, la conseillère de l’équipe de Tre Fontane à Rome – et la fraternité sacerdotale, nous sentant en communion ecclésiale et unis dans le charisme de cet perin2015-04homme de Dieu qu’a été notre frère Charles qui nous appelle dans ce centenaire qui coïncide avec l’année de la Miséricorde, convoquée par le Pape François, à une conversion au dialogue, non seulement entre nous mais aussi avec nos frères prêtres du presbyterium diocésain et également avec toute personne croyante d’autres religions ou incroyante. Dans cette perspective, nous sommes appelés à une conversion réciproque dans un respect mutuel. Nous désirons dialoguer mais non imposer notre opinion. Depuis la rencontre de Viviers en Juillet dernier, s’affirme cette dimension si importante de notre charisme.

perin2015-05Nous avons noué des relations, et célébré avec beaucoup de gens de Perín, des personnes aimables, très proches et très cordiales. Et nous avons appris de l’expérience de ces rencontres familières comment tout chrétien est à l’écoute de toute personne humaine, dans la rencontre au cœur de sa vie quotidienne. Tout homme et toute femme est pour nous un frère et une sœur.

Nous avons été impressionnés par les Eucharisties célébrées dans les résidences des personnes âgées à Perín. Ces frères et sœurs ainés qui sont souvent dans nos sociétés occidentales oubliés et mis à l’écart nous ont rappelé que Dieu est présent à toutes les étapes de la vie humaine : que nous soyons enfant, adolescent, jeune, adulte ou plus âgé. Dans ce Nazareth de nos anciens, nous avons compris que pour toute personne humaine il n’y a pas de date de péremption.

Nous avons visité à Carthagène les projets de la “Fondation Tienda Asilo de San Pedro » où travaille Aurelio, et nous avons rencontré les personnes qui y travaillent : les équipes, les volontaires, les bénéficiaires.

perin2015-06Nous avons fait connaissance avec le Foyer Torre Nazaret, de la Fondation: ce « Nazareth » simple et humain qui consiste à vivre dans la proximité des malades du VIH sida et de ceux qui sont marqués par la drogue, la prison, la rue comme aussi par toute forme d’exclusion sociale, mais qui aujourd’hui peuvent retrouver leur dignité, une partie de leur santé et mener une vie normale. C’est comme une grande famille qui assume pleinement toutes les conséquences lorsque la vie devient un problème. Nous avons eu le sentiment que ces personnes nous aimaient sans nous connaître.

LES APPELS QUE NOUS AVONS RECUS

Au cours de cette semaine, nous avons reçu de nombreux appels :

· perin2015-07Un appel très important à vivre le centenaire du Frère Charles non pas comme un mémorial du passé mais comme une célébration de l’actualité de son message de fraternité universelle. Le Pape François a cité plusieurs fois le témoignage de Charles de FOUCAULD : (dans l’encyclique Laudato Si au N° 125, comme un exemple d’évangélisateur, à la veillée du Synode sur la Famille comme inspirateur du modèle de famille de Nazareth) Ces constantes références nous remplissent de joie et nous nous sentons à cent pour cent avec notre Pape.

· perin2015-08Un appel à apprendre à partir de Nazareth une attitude profonde qui unit la contemplation avec la proximité des pauvres et l’expérience de notre fragilité comme le lieu de l’accueil de la puissance du Ressuscité. Nous sommes appelés à vivre la fraternité universelle de façon réaliste, sans faire de théories.

· Un appel à donner la priorité à la journée de désert. Nous constatons que le désert mensuel est difficile à vivre pour les prêtres si surchargés de travail et parfois par la routine de fonctionnaires. Absorbés par ces tâches pastorales nous reportons à plus tard notre journée de désert. Et cela devient une mauvaise habitude. Nous pensons toujours à faire, à faire et à faire…alors que nous oublions de nous mettre à l’écoute du Seigneur et à nous laisser chercher par Lui.

· perin2015-09Un appel à aller prioritairement vers les périphéries géographiques et « existentielles » ( les situations des personnes avec leurs problèmes). Nous ne pouvons pas éluder notre vocation sacerdotale comme appel à annoncer la Bonne Nouvelle, non pas comme une expérience de laboratoire pastoral ou de tourisme spirituel, mais comme un appel à demeurer avec les plus pauvres. Depuis Nazareth, le Seigneur Jésus nous invite à être les voisins des pauvres, avec leurs problèmes de santé, de solitude, de pauvreté. Il a vécu au milieu d’un peuple pauvre, opprimé, oublié. Si nous ne sommes pas avec les pauvres, nous n’entendrons pas ce que Jésus veut nous dire. Faisons une nouvelle lecture de Laudato Si et de Misericordiae Vultus (N°15)

· perin2015-10Un appel à la conversion, renouvelant notre compréhension de la Miséricorde : Soyons les témoins de l’amour de Dieu. Souvenons-nous de l’appel de Saint Paul en II Co.12,9 que Frère Charles relisait souvent : « Ma grâce te suffit car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».

LES CHOSES QUE NOUS AVONS PREPARÉES ET ÉTUDIÉES

perin2015-11Nous avons travaillé sur la prochaine Assemblée Panaméricaine à Cuernavaca au Mexique du 15 au 20 Février 2016 : les Régions du Québec-Acadie, des Etats Unis, du Mexique, de la République Dominicaine, du Brésil, de l’Argentine et du Chili, avec un représentant de la Fraternité qui est en formation en Haïti et un autre frère du Guatemala vont se rencontrer pour la première fois en dehors des assemblées mondiales. Nous apprécions très positivement le travail de coordination de Fernando TAPIA, responsable du Chili qui a déjà collecté presque toutes les réponses au questionnaire préparatoire envoyés par les régions et nous remercions vivement les frères du Mexique pour l’accueil qu’ils nous préparent. Nous ne pouvons pas contacter les sept frères de Cuba qui forment une fraternité avec les petits Frères de Jésus à cause du contrôle du Gouvernement.

La prochaine Assemblée de l’Asie se tiendra aux Philippines en Juillet 2016. Le Frère Arthur Charles travaille à sa préparation avec les frères des Philippines. Le mois de Nazareth au Myanmar en juillet passé a rendu possible les contacts entre de nombreux frères d’Asie et renforcé les liens et le sentiment d’appartenance à la fraternité. Il y a des fraternités, comme celles de la Malaisie de l’Indonésie et de l’Australie dont nous avons peu de nouvelles. Nous demandons à Arthur, comme responsable, qu’il renforce les relations avec ces frères.

Nous avons passé du temps pour réfléchir à la prochaine assemblée mondiale de la Fraternité qui se tiendra du 15 au 30 Janvier 2019 à Bangalore en Inde. Nous avons encore trois années pour définir les objectifs, la méthodologie et les contenus.

perin2015-12En ces jours nous avons aussi évoqué notre souci pour la santé de quelques frères qui nous sont très chers : Michel PINCHON, Giuseppe COLAVERO, Tony PHILPOT, Howard CALKINS… nous voulons leur dire que nous sommes en grande communion avec eux dans ces moments difficiles. Que ne leur manque ni notre prière ni notre affection.

Mark a dressé un bilan des finances de la Fraternité internationale qu’il enverra à tous les responsables régionaux. Nous pensons qu’il est nécessaire que toutes les régions apportent leur contribution financière à la Caisse internationale à la mesure de 10% des cotisations des frères. Ainsi, quelques régions des pays occidentaux pourront réviser les critères de leurs contributions, alors que les besoins sont nombreux. Un pauvre qui donne un peu, un autre pauvre qui donne un peu…au final c’est plus que ce que donne un seul riche.

perin2015-13Une bonne nouvelle est aussi la reconnaissance du statut de droit pontifical par la Congrégation du Clergé pour notre fraternité sacerdotale Jesus Caritas.

Nous rappelons à tous ce moyen de communication entre nous tous plus facile et plus rapide à travers le site: www.iesuscaritas.org qui veut être au service de toutes les fraternités.

Comme équipe internationale, fraternité de 6 frères venus de quatre continents, nous disons un grand MERCI à vous tous : merci pour votre prière, merci pour les contributions financières qui viennent de nombreux pays et aussi de nombreux frères, merci pour faire une place dans votre cœur et dans votre maison au service du Royaume de Dieu, à la Bonne nouvelle, à la joie d’être chrétiens et de nous regarder les uns les autres avec les yeux de Jésus.

A Perín, nous avons vécu chaque jour en pensant à vous, à la réalité de chacun de vos pays , parfois dure et difficile, valorisant les personnes et non leurs capacités, les regardant dans les yeux et non à travers nos lunettes, encourageant leur cœur et non leur intelligence.

Merci.

Que Dieu, Père, Fils et Esprit saint, la Vierge Marie et le frère Charles vous bénissent !

Un grand « Abrazo » de vos frères

perin2015-14Emmanuel, Jean-François, Félix, Mauricio, Mark et Aurelio

Perín, Carthagène, Murcia, Espagne le 28 Octobre 2015 en la fête des Apôtres Saint Simon et Saint Jude

PDF: Lettre de Perín équip.inter fraternité 28octobre2015 FRANÇAIS

Lettre d’Aurelio aux Fraternités de Québec-Acadie, Octobre 2015

Octobre 205

Chers frères et sœurs,

quebec-oct-2015-01Merci pour l’accueil que vous m’avez réservé en tout lieu et à tout moment, que ce soit à Montréal ou à Québec. Je me suis retrouvé dans une vivante fraternité de frères qui s’aiment et s’appuient, avec l’âge qu’ils ont, mais dans un esprit de Nazareth réaliste et engagé. Merci beaucoup! Donald CLICHE a fait de moi un frère aîné et pris soin de moi « comme s’il s’agissait du nonce »; sa maison de Cap-Rouge, à Québec, entourée d’écureuils, m’a permis de contempler et de goûter à la nature, de même que la promenade du dernier jour par les sentiers remplis d’érables multicolores en automne.

quebec-oct-2015-02Ce fut un cadeau du Seigneur de rencontrer Guy BOUILLÉ le dimanche midi, alité aux soins intensifs de l’hôpital qui le soignait à Montréal, de le bénir et de le laisser me bénir dans son silence, en compagnie de Laurent RAVENDA et Jean-Pierre LANGLOIS. Quelques heures plus tard, il se rendait déjà à la maison du Père, vivant la fraternité avec tant de frères qui nous ont laissés; je crois que son salut chaleureux le plus mémorable, il l’aura reçu de Jacques LECLERC, son grand ami et compagnon de fraternité.

J’ai goûté aux réalités humaines, aux espoirs et aux rencontres quebec-oct-2015-03avec chaque membre de la fraternité séculière composée majoritairement d’agents de pastorale, grâce à Ciro PICIRILLO, responsable de cette fraternité, à COPAM à Montréal, partageant le moment présent de chaque personne, de chaque histoire, touchée par la main de Dieu qui nous conduit quelquefois là où nous ne voudrions pas aller, mais qui prend soin de chacun de nous.

quebec-oct-2015-04J’ai eu aussi une bonne rencontre avec la fraternité des jeunes chrétiens qu’anime Ciro, avec son esprit d’accompagnateur et d’animateur, un groupe formé majoritairement de jeunes immigrants, ouverts à l’appel de Jésus dans leur vie en construction, avec la joie et la confiance dans l’avenir que demande ce monde nouveau.

Le repas du soir et la prière communautaire, reliée à l’Évangile du dimanche, m’a rappelé Jésus qui réunissait ses disciples les instruisant pour construire le Royaume, de manière profonde malgré les éléments superficiels auxquels nous invite le premier monde riche et systématiquement commode.

Un autre cadeau inespéré mais qui m’a rempli de joie et d’émotion fut ma rencontre avec Sœur Gilberte BUSSIÈRES, des dames de la Congrégation Notre-Dame de Montréal, qui fut séquestrée par Boko Haram l’an dernier quebec-oct-2015-05dans le nord du Cameroun, avec Gianantonio ALLEGRI, de notre fraternité italienne, y Giampaolo MARTA, tous deux missionnaires venant du diocèse de Vicenza. Yvonne DEMERS, agente de pastorale, m’a amené à la Maison de prière Notre-Dame à Longueuil. Ce fut émouvant pour moi d’embrasser cette femme de l’Évangile, d’écouter son témoignage de l’amour de Dieu vécu durant ces 51 jours de captivité avec Gianantonio et Gianpaolo, et de découvrir de nouveau une vision de Frère Charles réel, et non pas idéalisé, devant rien, ni même nos chandelles allumées dans le temple ni les images religieuses que nous révérons.

Avoir pu passer un peu de temps avec Guy et sœur Gilberte ont été les moments les plus impressionnants de mon séjour parmi les fraternités de Québec – Acadie. J’en rends grâce au Seigneur dupuis la pauvreté de mon cœur.

quebec-oct-2015-06La rencontre régionale des Fraternités, le 4 et 5 octobre dans la ville de Québec, avec les frères et des laïques, agentes de pastorale associées à la Fraternité, a été l’occasion de rencontrer des frères et sœurs avec un esprit de service admirable, avec des témoignages et une joie de vivre qui m’a fortifié dans l’espérance d’une Église telle que souhaitée par le pape François. Le trio responsable sortant composé de Donald CLICHE, le responsable régional, de Benoît HINS et Richard WALLOT, transmirent le mandat à Gilles BARIL, le nouveau responsable qui formera équipe avec Jean-Claude DEMERS, grand spécialiste en communications, avec une agente de pastorale et deux autres membres qu’il choisira parmi les frères des différentes régions.

Merci à vous tous pour votre dévouement à la Fraternité. Le trio sortant a présenté un bon rapport – bilan de sa gestion et de la vie des fraternités. Flottait dans l’air un esprit de fraternité. En tant qu’êtres humains et hommes de Dieu, c’est une véritable richesse pour nos Églises locales. Les échanges, l’adoration, l’eucharistie, les moments de partage fraternel ont été un authentique rencontre de foi.

quebec-oct-2015-07Comme décisions et propositions immédiates, je veux souligner la préparation du Mois de Nazareth en janvier prochain et la participation à la grande assemblée panaméricaine qui aura lieu à Cuernavaca, Mexique en février. Gilles et Donald seront les représentants de la région Québec-Acadie.

Dans la ville de Québec, accompagné par Donald, nous avons rencontré René TESSIER, un membre de la fraternité qui est responsable des communications pastorales du diocèse, Gaétan PROULX, évêque auxiliaire, ainsi que Marc PELCHAT, vicaire général du diocèse et membre de notre fraternité qui nous invitèrent pour le repas du midi.

quebec-oct-2015-08Ce fut également une grande joie de nous réunir au Grand Séminaire avec la fraternité composée de Pierre GAUDETTE, Jacques GOURDE, Roger LABBÉ et Marc BOUCHARD, des frères avec une expérience importante dans leur service ecclésial parmi les gens les plus simples et les fraternités. Merci à vous pour votre beau témoignage.

Pour tout cela, pour ce que nous avons vécu et partagé ensemble, pour les appels à partir du charisme du frère Charles de Foucauld avec son message de fraternité universelle si pertinent dans notre église actuelle, si apprécié par le pape François, merci mes frères et merci au Seigneur de m’avoir permis d’en être témoin durant ces quelques jours de votre vie de fraternité.

quebec-oct-2015-09Je remercie également Laurent pour l’espace d’adoration qu’il m’offrit et durant lequel j’ai compris que la spiritualité va bien au-delà de l’acte de prier, d’adorer, de contempler ou de participer avec d’autres personnes dans des célébrations. La spiritualité, c’est le bon esprit d’amour, de joie, de solidarité et de respect, c’est être à l’écoute quand nous faisons n’importe quoi : travailler, être en relation avec les autres, voyager, écouter, préparer une activité, etc. Voilà pour quoi est si importante la journée mensuelle au désert. Dieu se met à notre recherche au désert pour nous donner ce bon esprit. Ce bon esprit est celui que frère Charles mettait quand il priait, écrivait, rêvait, ou tout simplement lorsqu’il se sentait si proche de ses voisins : l’esprit de Nazareth.

quebec-oct-2015-10Un gran abrazo.

Aurelio SANZ BAEZA, frère responsable

Perín, Carthagène, Murcie, Espagne, 12 octobre 2015

quebec-oct-2015-11

PDF: Lettre d’Aurelio aux Fraternités de Québec-Acadie, Octobre 2015

CAMEROUN, Grégoire CADOR, Homélie du 15 août 2015

Nous sommes montés ce matin ! En ce jour de l’Assomption qui signifie littéralement « montée en Dieu », nous sommes montés à la suite de Marie qui monte, non plus chez sa cousine Elisabeth. Arrivée au terme de sa vie terrestre, Marie « monte dans la gloire de Dieu »… Sa vie est « assumée » par Dieu…

Nous sommes montés aussi, à la suite de Baba Simon qui, au cours des 16 années dernières années de sa vie qu’il a passées chez nous, montait chaque mois en ce lieu pour vivre sa « journée de désert » selon les règles de la fraternité Jésus-Caritas à laquelle il appartenait et dont il était le fondateur au Cameroun et en Afrique…

Permettez-moi de saluer ici nos frères prêtres venus des diocèses de Goré, Moundou, Laï et Sarh au Tchad, du diocèse d’Edéa au Cameroun et du diocèse de Maroua pour célébrer avec nous les 40 ans du passage en Dieu de Baba Simon…

Nous sommes montés aussi avec le P. Christian, notre actuel pasteur pour, avec lui, dire merci à Dieu pour sa présence fidèle à nos côtés depuis 40 ans…

40 ans dans la Bible c’est le temps de la maturation, du cheminement pour la conversion (ce que nos frères musulmans appellent le ‘grand djihad’)… C’est le temps de la constitution et de la reconstruction d’un peuple qui, d’esclave qu’il était, devient peuple libre, près à entrer en Terre Promise…

Nous sommes montés ensemble pour contempler l’œuvre entreprise et faire le point en vue des prochaines années…

Si nous avions la possibilité de remonter le temps… nous verrions ce qui se passait dans le cœur des habitants de Kudumbar il y a exactement quarante ans aujourd’hui… ! La nouvelle venait de tomber : Baba Amta !…

Panique générale… Baba n’est plus là, Tokombéré est mort ! Deuil, consternation… On avait enterré Baba Simon à des centaines de kilomètres de ce qui était devenu le « chez lui » et qui est le « chez nous » ! Personne n’avait eu le temps de faire le déplacement, pas même Mgr de Bernon bloqué dans la brousse de Mokolo par la saison des pluies et une panne de voiture… Jean-Marc non plus n’était pas là pour nous aider à faire le deuil… Au-delà de l’absence d’un cadavre à enterrer qui est une épreuve insupportable dans les traditions d’ici…, nous ne reverrions jamais Baba… Lui qui s’était battu de toutes ses forces pour nous rendre notre dignité bafouée et nous permettre d’entrer dans la modernité la tête haute, ne reviendrait jamais… Nous étions perdus !

Réaction bien compréhensible… mais qui dénote un manque de foi ou plutôt une foi mal placée… Ce n’est pas en lui que Baba Simon nous invitait à mettre notre foi mais bien en Jésus-Christ qui nous conduit au Père…

Quelques mois plus tard, en novembre 1975, le P. Christian venait déposer définitivement ses valises à Tokombéré, rejoignant Jean-Marc Ela, les sœurs Servantes de Marie de Douala et les Demoiselles de la société de Jésus-Christ de Lyon, qui tenaient l’hôpital. Il venait, à son tour, apporter une pierre à l’œuvre entreprise…

40 ans après, il est encore là ! Nombreux sont les témoins de cette longue histoire d’amour qui sont encore parmi nous et pourraient la raconter. Il faudra le faire un jour…

Mais là non plus, ne nous trompons pas de Foi… Comme cela a été l’erreur de certains de mettre leur Foi en Baba Simon et donc de se décourager quand il est mort, il serait stupide de mettre notre Foi en Christian au risque de se décourager quand il s’en ira à son tour…

Charles de Foucauld qui fut le maître spirituel de Baba Simon ne disait-il pas, très justement : « Regardons les saints, mais ne nous attardons pas dans leur contemplation, contemplons avec eux Celui dont la contemplation a rempli leur vie. Profitons de leurs exemples, mais sans nous y arrêter longtemps ni prendre pour modèle complet tel ou tel saint, et en prenant dans chacun ce qui nous semble plus conforme aux paroles et aux exemples de notre Seigneur Jésus, notre seul et véritable modèle, en nous servant ainsi de leurs leçons, non pour les imiter eux, mais pour mieux imiter Jésus. »1

Aujourd’hui, disions-nous en commençant, Marie entre « dans la gloire de Dieu »… Cette entrée dans la gloire est le fruit – au sens de l’aboutissement normal – de sa démarche de foi et d’humilité… « Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. » Marie ne se glorifie pas elle-même, C’est Dieu qui la glorifie. En effet la Gloire appartient à Dieu seul et il la partage à qui il veut… Si Marie est accueillie, assumée, aujourd’hui dans la Gloire de Dieu c’est justement parce qu’elle a su reconnaître qu’elle n’était rien, permettant ainsi à Dieu de faire en elle de grandes choses : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » Dépouillée d’elle-même et de toute suffisance, il n’y a, en elle, aucun obstacle à l’action de Dieu. Elle devient chemin de l’incarnation et canal de la grâce… Sa disponibilité sans réserve permet à Jésus de prendre toute sa place en elle… L’ayant reçu gratuitement elle pourra à son tour nous le donner gratuitement…

Marie est modèle de sainteté… pour chacun et chacune d’entre nous, aujourd’hui…

A nous aussi il est proposé de recevoir le Christ et de le donner au monde… Sommes-nous prêts à l’accueillir sans aucune réserve, à la manière de Marie ?

Ce Jésus que Marie nous donne, l’Apocalypse nous le présentait tout à l’heure comme « celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. » Dans la deuxième lecture St Paul précisait : »Celui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. « 

Le Règne du Christ nous le savons n’est pas de ce monde. « Si ma royauté était de ce monde, dit Jésus à Pilate, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré. « 

La Royauté de Jésus, le Règne de Jésus c’est celui de l’amour et du don de soi. Son programme est simple : donner sa vie pour que le monde ait la Vie ! Et si les deux premières lectures nous parlaient de combat il ne s’agit pas d’un combat militaire au sens de celui que mènent si vaillamment nos soldats pour défendre nos frontières face à la barbarie.

Il s’agit du combat spirituel contre les forces du mal et de la division…

Ce combat s’enracine dans la fraternité universelle vécue au quotidien et ne se remporte que par le don de soi pour que l’autre ait la vie…

Nous avons la chance, dans ce domaine, de pouvoir faire mémoire de la vie exemplaire de Baba Simon qui « avec patience et sans compter » a donné toute sa vie pour nous montrer le chemin de la Vie…

Nous avons la chance d’avoir encore au milieu de nous l’exemple du P. Christian qui depuis quarante ans, contre vents et marées, est resté fidèle au poste et au don qu’il a fait de sa vie pour la promotion des populations de Tokombéré.

L’intérêt d’avoir un exemple vivant au milieu de nous c’est de comprendre qu’être saint n’empêche pas d’avoir aussi des limites et des défauts comme tout le monde…

Au lieu de nous décourager cela doit, bien au contraire, nous inciter à nous engager à notre tour, en toute humilité, conscients de nos limites, sur ce chemin de fidélité et de confiance en Dieu…

Vous connaissez tous le proverbe chinois : « le doigt montre la lune et l’imbécile regarde le doigt ! » …

Arrêtons de faire les imbéciles et de nous arrêter sur les défauts que nous aurons repérés chez Baba Simon, chez Christian ou chez tant d’autres qui se sont donnés pour nous indiquer le chemin du Salut et prenons-le ce chemin qui monte vers la gloire des enfants de Dieu que nous sommes.

Je voudrais terminer par cette affirmation de Baba Simon prononcée au soir de sa vie, dans une interview accordée à notre grand frère Jean-Baptiste en mai 1975 juste avant de quitter Tokombéré pour la dernière fois… Il disait : « Si le Christianisme continue à agir sur le Nord‑Cameroun, il y aura une solution, c’est à dire il y aura une vie sociale normale où tout le monde, musulmans, chrétiens, païens, vivra comme des frères, la main dans la main. » Voilà notre feuille de route !

Qu’attendons-nous, chrétiens de 2015, pour nous mettre à l’œuvre et faire fructifier un si bel héritage ?

Merci Baba Simon, merci P. Christian, de nous avoir ouvert les Portes de l’Avenir… et de nous indiquer le chemin de la Vie !

Comme Marie vous aussi vous avez « cru aux paroles qui vous furent dites de la part du Seigneur » et, comme Marie, vous vous êtes « mis en route vers les montagnes » non plus de Judée cette fois-ci, mais les montagnes du Nord-Cameroun pour y faire retentir la Bonne Nouvelle au cœur des traditions locales…

Puisse Dieu un jour vous accueillir avec Marie et vous faire entrer comme elle dans sa gloire…

CAMEROUN, Grégoire CADOR, Lettre aux amis – 10 octobre 2015

Aux amis du diocèse de Maroua-Mokolo et de Tokombéré

Chers amis,

Les trois mois ‘quasi rituels’ sont déjà presque passés… Je reprends le clavier !

Je commence par les bonnes nouvelles et tout particulièrement par le grand évènement que nous venons de vivre lors des « journées diocésaines » (trois jours que nous passons chaque année à pareille époque avec 200 ou 300 responsables venus de toutes paroisses pour la ‘’rentrée’’ des activités pastorales).

Il s’agit de la remise au P. Christian, par notre évêque et au nom du Pape, de la médaille « Pro Ecclesia et Pontifice » pour l’énorme travail abattu pour le service de l’Eglise au cours de ses 40 ans de présence missionnaire à Tokombéré.

Grande émotion de Christian bien sûr mais aussi de nous tous devant cette surprise, préparée très discrètement par l’évêque, et joie de la reconnaissance par le diocèse du travail de témoin de l’Evangile. Le nouveau thème pastoral pour l’année est « Vous êtes mes témoins » (cf. Ac 1, 8) il vient à la suite de celui de l’an passé « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20). L’évêque a voulu mettre en valeur le témoignage concret de Christian pour inciter chacun à s’engager concrètement à la suite du Christ. A cette occasion « Vie de l’Eglise » (le journal diocésain) a édité un très beau magazine spécial sur Christian et le Projet de Promotion humaine de Tokombéré.

La fête va continuer à St Germain des Prés lors du rassemblement des 13-14-15 novembre prochains à St Germain des Prés : « De la rencontre à la fraternité, pour un nouvel élan ». Si vous ne pouvez pas y être merci de vous y associer par la prière et l’action de grâce.

La vie continue à Tokombéré en ce temps où s’ouvrent les récoltes. Elles se présentent assez bien. Cela représente un énorme travail parce que tout a poussé en même temps ! Le dilemme est de savoir par où commencer… Un gros problème demeure cependant, dans de nombreux villages : celui du non-paiement de la production par la Sodecoton (société qui gère la production cotonnière de tout le pays). Beaucoup comptait sur cet argent pour payer les écolages et autres besoins si importants en cette période de rentrée… Là comme partout : Wait and see ! (Ici on dit facilement ‘Se Mounial’ ce qui peut se traduire par ‘patience’. Mon Dieu qu’il en faut parfois pour ne pas se décourager !)

Malgré cela les écoles ont repris un peu partout (sauf à l’extrême frontière ou la situation est encore bien difficile) mais le spectre kamikaze hante tout le monde… De nombreuses mesures ont été prises (plus ou moins bien appliquées selon les endroits et les moyens) : clôture, uniforme obligatoire, contrôle à l’entrée, interdiction des cartables ou autres sacs fermés… Cela ne résout pas tout… et quand on sait que dans le seul arrondissement de Tokombéré, au-delà de notre collège et de nos quatre écoles primaires, il y a plus de cinquante écoles publiques et une dizaine d’établissements secondaires, on mesure l’ampleur de la tâche. Les effectifs (augmentation par-ci, diminution par-là) sont à peu près stables dans nos établissements et le personnel bien présent. Le nouveau directeur de l’école St Joseph qui est en même temps conseiller pédagogique pour tout le département du Mayo-Sava prend peu à peu ses marques.

La maison du paysan a abattu un très bon travail concernant l’eau et les questions d’érosion et de réserves. De nombreux biefs ont été construits ou réhabilités. Il s’agit de micro-barrages installés en montagne sur le cours d’un mayo (cours d’eau de saison des pluies). L’objectif est de ralentir le courant, limitant ainsi l’érosion et donnant le temps à l’eau de rejoindre plus abondamment la nappe phréatique ce qui a pour effet de renforcer les puits environnants… Grand merci à l’association Mil et Blé pour l’appui très important qu’elle apporte à ce volet.

La pluie continue malgré tout à faire des dégâts sur les routes et la circulation en voiture reste très compliquée et source de nombreuses dépenses d’entretien pour les véhicules (que dire du dos des conducteurs et passagers qui en prend un coup à chaque voyage !)

Pour des raisons internes qui n’ont pas besoins d’être évoquées ici, l’atelier de couture n’ouvrira pas ses portes cette année, mais la Promotion féminine continue avec la mise en route des groupes dans les principaux secteurs de la paroisse. Une assemblée générale des femmes aura lieu à la fin du mois d’octobre.

L’atelier de menuiserie fonctionne (quand les nombreuses coupures d’électricité le permettent). Les menuisiers ont appris avec émotion, (grâce à l’attention très délicate de Pierre et Emilie Martin, fondateurs et premiers formateurs du groupe des menuisiers), le décès de M. Fouquet, menuisier sarthois, qui au moment de prendre sa retraite avait donné ses machines et son outillage pour le projet d’atelier de Tokombéré. Nous voulons lui rendre hommage ici et faire savoir à sa famille notre reconnaissance. La fraternité n’a pas toujours besoin de la rencontre pour s’exprimer, vous l’aviez bien compris et l’Evangile de ce dimanche nous le rappelait : Notre vie ne pèse, aux yeux de Dieu, que de l’amour qui la fait vivre… Merci à vous M. Fouquet et, comme on le dit au Cameroun, « Que la terre de vos ancêtres vous soit légère ».

Nous avons vécu, avec le Projet-Jeunes et le P. Justin, un très beau moment à l’occasion des journées de clôture des activités des « Portes de l’Avenir », dont je vous parlais dans le dernier courrier. Ce sont plus de 400 jeunes qui ont passé trois jours ensemble dans le cadre de la paroisse pour des temps de réflexion, d’activités culturelles, sportives, ludiques et pour la prière qui a culminé avec la célébration du 15 août ou les 40 communautés de la paroisse se sont retrouvées sur la colline Baba Simon pour célébrer Dieu en l’honneur de Marie, de Baba Simon (dont c’était le quarantième anniversaire de l’entrée dans la Vie) et de Christian (dont nous fêtions, en paroisse cette fois-ci, le quarantième anniversaire de présence missionnaire à Tokombéré). Pour ceux que cela pourrait intéresser, je mets en pièce jointe l’homélie que j’ai prononcée ce jour.

Avec les catéchistes, nous avons pris le temps de bien réfléchir sur la ‘vérité’ et la ‘qualité’ de notre engagement en ces temps difficiles où les communautés sont en droit d’attendre une parole vraie et claire pour ne pas perdre le Nord… Nous avions l’habitude, chaque année, de faire l’envoi en mission à la Pentecôte. Cette année nous avons préféré attendre la fin du mois de septembre pour vivre ce temps très important de la vie paroissiale. Je me permets de recommander à votre prière chacun de nos 40 catéchistes ainsi que leurs familles (souvent fort nombreuses !).

Avec eux et avec l’Equipe d’Animation Pastorale nous avons préparé les « week-ends de rentrée » qui auront lieu dimanche prochain simultanément dans les 6 secteurs de la paroisse. Dans le cadre de notre thème diocésain, nous réfléchirons avec l’ensemble de la communauté chrétienne sur l’absolue nécessité de se laisser rencontrer et connaître par le Christ pour pouvoir devenir réellement ses témoins dans notre vie de tous les jours. En partant de témoins de cette rencontre (de Marie de Nazareth au possédé Gérasénien en passant par Paul de Tarse, la Samaritaine, le Centurion au pied de la Croix et bien d’autres) nous cheminerons au cours du trimestre pour arriver à chacun et chacune d’entre nous : « Et moi, comment et où ai-je rencontré Jésus ? Qu’est-ce que la rencontre et le chemin que je fais avec lui provoque en moi ? Comment est-ce que je témoigne de Jésus ? »

Au niveau de la zone pastorale du Mayo-Sava j’ai été pas mal occupé ces derniers temps par la passation de service dans quatre paroisses qui changeaient de curé. C’est intéressant parce qu’il s’agit, avec les personnes en responsabilité dans la communauté chrétienne, prêtres ou laïcs, de faire le point sur la vie de la communauté, ses capacités, son dynamisme, mais aussi ses limites, ses zones d’ombre. On s’aperçoit que, si beaucoup ont vraiment compris ce que voulait dire prendre des responsabilités en Eglise, certains ont besoin de revoir leur manière d’être ou de faire pour vivre une véritable coresponsabilité… Nous sommes là devant un problème universel !

Nous avons aussi vécu la journée de rentrée de la zone avec une quarantaine de responsables venus des 10 paroisses qui la compose. Ensemble nous avons partagé les nouvelles et mis sur pied le programme de notre centre de formation de la zone. Nous avons aussi pris acte, bien douloureusement, des nombreux départs de religieuses rappelées par leur congrégation (des 21 religieuses présentes il y a deux ans il en reste 5 !)

C’est pour moi une question terrible… Si je comprenais (un peu) une telle réaction à chaud, le temps de prendre du recul et de se ressaisir, je suis en revanche scandalisé (tenté de tomber) devant le refus de revenir à cause des risques… Nous sommes en train de poser des gestes contreproductifs qui engagent l’avenir de façon dramatique… Si nous pasteurs et responsables pastoraux ne sommes pas fidèles à l’appel : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (fusse au risque du sang) alors nous laissons la place aux barbares qui n’attendent que ça pour s’installer en ‘libérateurs’… Si nos supérieurs nous ont reconnu(e)s aptes à donner notre vie au moment de notre ordination ou de nos vœux de quel droit reprennent-ils ce droit au moment où l’occasion est venue (peut-être ou peut-être pas) de le faire jusqu’au sang. Si nous, les annonceurs de la Bonne Nouvelle, nous plions alors qu’en sera-t-il de nos jeunes confrères ou sœurs quand le problème s’aggravera ?…

Le monde d’aujourd’hui a plus que jamais besoin de témoins et nous ne devons pas oublier la racine grecque de ce mot.

La mission, bien au-delà de la logique des ONG aussi compétentes qu’elles puissent être c’est : Etre avec, comme Jésus à Emmaüs… Porter le poids du jour et de la chaleur et se mettre au service d’une Parole qui vient de plus haut, qui fait autorité et qui touche les cœurs…

Heureusement, nous avons vécu ces dernières semaines deux engagements de religieuses camerounaises dans des congrégations internationales d’origine françaises. Les supérieures concernées sont venues, certaines depuis la France, pour entourer leurs jeunes sœurs, et nous aurons bientôt la visite d’autres supérieures européennes. Cela redonne de l’espoir.

A chaque fois que je me rends dans les paroisses et communautés proches de la frontière, je suis impressionné par la qualité de don de soi qu’y vivent les chrétiens. Ils ont vraiment besoin de notre soutien (et du vôtre, merci d’avance !) mais ils sont aussi pour moi une source de réconfort et d’inspiration. Deux jours après la rencontre de zone que j’évoquais plus haut, un des responsables qui était avec nous perdait sa petite fille de 8 ans, Fidèle, tuée devant chez lui par un kamikaze à peine plus âgé qu’elle ! Nous sommes là au cœur de l’abomination. Demandons à Dieu de nous donner la haine du péché en nous-mêmes pour pouvoir aimer le pécheur qui nous fait du mal…

Je mets en pièce jointe de ce courrier un article écrit par un journaliste de RFI récemment venu dans la région. Il me semble, malheureusement, donner un bon aperçu de ce que nous vivons dans la région ces derniers temps…

Merci de rester à nos côtés et de vos nombreux, petits ou grands, signes de communion…

Bonne semaine missionnaire à tous !

Nous sommes ensemble…

Grégoire

Comment parler de Dieu aujourd’hui ?

Il n’y a pas de réponse technique ou théorique, mais nous avons, chacun de nous, à être une réponse, une réponse que nous ne comprenons pas, mais que nous sommes, en suivant le Verbe sur son chemin de croix (et de joie). Il ne s’agit plus d’avoir une rhétorique sublime ni de se vanter de n’avoir aucune rhétorique. L’essentiel n’est pas du côté de l’avoir mais de l’être. L’essentiel est d’être, avec le Christ, une parole vivante et livrée à autrui, et donc moins d’avoir une parole sur Dieu que d’être les uns pour les autres une parole de Dieu. Vos adversaires ne pourront y résister. Ce qui leur sera assez insupportable. Ne pouvant vous clouer le bec, ils essaieront de vous clouer tout entier. Et c’est pourquoi, avec un peu de chance, ils vous mettront à mort. Le langage de la Croix aura atteint alors son maximum d’efficace, puisque, malgré eux, vos bourreaux achèveront votre conformation à la Parole crucifiée…

Fabrice Hadjadj,
Comment parler de Dieu aujourd’hui,
Salvator, Paris, 2012, p.214-215

Grégoire CADOR, Aux amis du diocèse, 23 Juillet 2015

P. Grégoire CADOR

Tokombéré, le 23 juillet 2015

Aux amis
du diocèse de Maroua-Mokolo
et de Tokombéré

Chers amis,

Trois mois se sont encore passés depuis mon dernier courrier du 23 Avril…

Beaucoup de choses…

Je ne peux pas ne pas commencer par la nouvelle qui vous a déjà rejoints (les nombreux mails que j’ai reçus depuis en sont la preuve) du double attentat kamikaze qui a eu lieu hier après-midi au marché central de Maroua…

2 jeunes filles pour ne pas dire des fillettes ont explosé aux deux extrémités du marché central de Maroua provoquant plus d’une dizaine de morts sur le coup et des dizaines de blessés. Le bilan sera certainement très lourd.

Le marché central est le véritable cœur de Maroua. On vient de toute la province pour s’y ravitailler et il est toujours rempli de monde… C’est là que nous faisons nos courses hebdomadaires ! Ces attentats font suite à ceux de Fotokol, 250 kms plus au Nord, qui ouvraient le bal des attentats kamikazes au Cameroun le 13 Juillet dernier.

Nous savions que tôt ou tard le Cameroun allait s’ajouter à la longue liste des pays victimes de ce type d’attentats. Ils sont la marque de la violence aveugle et inouïe dont font preuve ces fous soi-disant religieux qui veulent enflammer le monde actuellement. Boko Haram depuis quelques temps revendique son appartenance à DAESH et se fait appeler désormais « Etat Islamique en Afrique de l’Ouest » ce qui n’est pas pour rassurer et montre que les ramifications de cette lèpre fanatique continuent de s’étendre un peu partout.

J’ai eu de nombreux contacts avec des amis musulmans suite à l’attentat, tous sont révulsés devant l’horreur et veulent resserrer les liens entre les communautés pour faire front ensemble.

La lueur d’espoir dont je parlais dans mon dernier courrier due à l’élection du nouveau président nigérian tarde à se transformer en torche de la victoire… Pendant ce temps les terroristes prouvent qu’ils ont encore beaucoup de ressources et de détermination.

Nous aussi nous devons entretenir notre détermination. Pour cela, je vous redis avec beaucoup d’insistance que nous avons besoin de l’engagement sans faille de vous tous dans tout ce qui peut aider le monde à rester serein : Prière, réflexion, rencontre, conversion du regard, des cœurs et des mentalités… et tout ce que vous saurez imaginer pour favoriser la fraternité universelle. C’est urgent et plus important que n’importe quelle mobilisation militaire aussi justifiée puisse-t-elle être !

A la fin de l’année pastorale en mai dernier nous avons eu une belle rencontre des équipes apostoliques des 12 paroisses et districts de la zone. J’ai été frappé, ému même, de voir comment  les communautés qui sont proches de la frontière et qui ont vécu des choses très difficiles, ont toute commencé leur compte-rendu, sans concertation, en remerciant les autres communautés de les avoir soutenus dans la prière qu’elles avaient ressentie ‘’physiquement’’… Cela rejoint tout à fait mon expérience personnelle à Tokombéré. C’est pourquoi je me permets d’insister : la communion des saints est une réalité qui nous dépasse mais qui nous tire au-dessus de nous-mêmes et nous permet d’annoncer l’espérance au cœur de la nuit…

Nous avons pu, à la fin du mois de mai, célébrer une messe pour les victimes de Boko Haram, présidée par l’évêque lui-même à Ldubam-Torou, sur la frontière avec le Nigéria là où vivait Luc Berke, l’administrateur de district dont je vous parlais dans mon courrier d’octobre 2014. Grande émotion quand nous avons lu devant une église pleine à craquer la longue liste des victimes de tous âges. Tout le monde ou presque les connaissait et avait des souvenirs en commun. Monseigneur a rendu grâce pour le témoignage de nos communautés qui sont restées au cœur de la tourmente pour dire qu’il est possible de vivre en frères…

Nous avons d’ailleurs choisi comme thème pour la nouvelle année pastorale au niveau diocésain : « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8).

Les extrémités de la terre c’est là où je suis, au moment où j’y suis… Ce thème mobilise donc tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ. Il n’est pas réservé aux missionnaires qui partent au loin… Là aussi, nous sommes ensemble !

Quelques nouvelles de la paroisse de Tokombéré et du Projet de promotion humaine :

Les jeunes agriculteurs de Kotraba (j’hésite à les appeler encore jeunes, depuis le temps !) ont vécu leur assemblée générale annuelle et nous ont fait part de leur souci devant la recrudescence de vols dans leur quartier. Après réflexion, ils ont décidé de demander et ont obtenu du sous-préfet, le droit de se constituer en comité de vigilance officiel ce qui leur donne autorité pour interpeller les malfaiteurs et les déférer chez le chef de village. Il semble que cela porte du fruit et en tout cas leur redonne courage…L’année dernière n’a pas été une bonne année au niveau des récoltes pour eux mais celle qui commence s’annonce apparemment très bien… Croisons les doigts !

La visite de notre évêque au collège Baba Simon a été l’occasion de faire le point avec lui et de lui faire découvrir les nombreux soucis que nous avons pour maintenir une structure éducative de qualité au service des pauvres… Avec lui nous réfléchissons des moyens à mettre en œuvre pour continuer ce qui est la mission première de l’Eglise : Annoncer l’Evangile aux pauvres en prenant avec eux le chemin du développement.

Grand changement annoncé au niveau de l’école primaire. Monsieur Albert Avindangway, directeur de l’école St Joseph et conseiller pédagogique de la zone Mayo-Sava nous quitte à la rentrée pour continuer à servir plus près de chez lui. Nous rendons grâce pour l’énorme travail qu’il a abattu en collaboration avec nous. C’est avec lui qu’Emilie Martin dans un premier temps et Danièle Morice surtout ont beaucoup travaillé pour la mise en place de la nouvelle programmation dans nos écoles. Nous lui souhaitons bonne continuation ainsi qu’à Pauline sa femme et à ses dix enfants… et nous accueillons avec joie notre nouveau directeur, M. Mota Sébastien, qui semble bien décidé à continuer le travail entrepris par son prédécesseur.

En mai, nous avons vécu une belle journée de récollection avec les 50 catéchistes de la paroisse accompagnés de leur épouse. En ce moment nous réfléchissons avec eux comment mieux structurer leur travail et leur engagement au service des communautés. C’est pourquoi l’envoi en mission, qui a traditionnellement lieu le jour de la Pentecôte, a été reporté au début de septembre.

Le 23 mai, les jeunes, sous la houlette du P. Justin, ont lancé la troisième édition des Portes de l’Avenir. Actuellement ils mettent sur pied des activités en tout genre dans les divers secteurs de la paroisse. Nous conclurons le tout par le rassemblement paroissial des jeunes du 12 au 15 août au cours duquel nous célébrerons les quarante ans de la mort de Baba Simon le 13 août 2013.

Cet anniversaire sera aussi l’occasion d’un pèlerinage de prêtres appartenant à la famille Jesus Caritas (famille spirituelle de Charles de Foucauld) que Baba Simon a fondée au Cameroun et en Afrique. Le P. Justin et moi-même sommes membres de cette fraternité. Nous attendons une petite vingtaine de prêtres tchadiens et une dizaine de prêtres camerounais qui veulent enraciner leur engagement dans l’exemple de Baba Simon.

J’ai eu la joie de revoir bon nombre d’entre vous lors de mon récent congé en France même si j’ai regretté de ne pas avoir eu l’occasion de rencontrer tout le monde et notamment la communauté chrétienne de La Flèche. Cela ne m’empêche pas de vous garder tous dans ma prière en espérant qu’il en est de même…

Nous sommes ensemble.

Grégoire

Au cours de mes lectures récentes, je suis tombé sur le « petit traité de la joie » de Martin Steffens (Editions salvator 2011). Je vous en propose un extrait qui invite à l’engagement au cœur de la réalité telle qu’elle est qui est tout autre que la résignation. Pour tous ceux qui ont un combat à mener contre l’adversité, la maladie ou toute autre forme de souffrance, il est tonifiant :

 « Il faut non seulement distinguer mais opposer consentement et résignation. Le oui de l’un diffère du tout au tout du oui de l’autre. La résignation est de ces oui qu’on dit du bout des lèvres. Son intensité est lâche comme le sont ses filets : le résigné dit oui à tout, même au mal par lequel il se laisse abattre. Le consen­tement, au contraire, en clamant haut et fort son adhésion, offre sa voix à ce qu’il y a de puissant dans la vie. Tout oui véritable dit non à la mort. Or la résignation, en baissant les bras, en les privant soudain du tonus qui tient le mal éloigné, les ouvre à tout-va. Elle est un oui qui ne sait pas dire non à ce qui, pourtant, doit mourir. Elle n’a que l’apparence du oui puisqu’elle n’est jamais qu’un renoncement. Son adhésion est une adhérence : la résignation nous plombe un peu plus, comme la mouche collée au fond d’un verre s’arrête enfin de remuer les ailes. Le consentement, de son côté, ouvre énergiquement les bras. Mais par-là, il circonscrit le champ de son adhésion : il embrasse pour étreindre et, dans son étreinte, se ferme à la mort. Quand on dit : « Oui, je veux vivre, malgré tout », quand on affirme : « Si telle est mon épreuve, alors je la vivrai », on ajoute sa puissance à la puissance de vie qui nous anime. Si le consentement a en effet quelque chose du laisser-être (on touche avec les yeux), il n’a rien du laisser-aller : l’homme qui consent reconnaît la limite de son pouvoir sur les choses. Mais cette défaite est sa plus grande victoire : il ne s’agit plus de défaire ce qui fut fait mais de se défaire de son illusoire toute-puissance afin de donner à cette vie-ci, celle que nous avons à vivre, le meilleur de nous-mêmes.

En ne se refusant pas à l’épreuve, en prenant acte de ce qu’il y a à vivre, l’homme qui consent redistribue les armes et affronte le mal.

Consentir, c’est voir ce qui est, pour ne plus pleurnicher sur ce qui aurait dû être. C’est s’offrir au présent, prendre acte des forces en présence et y livrer la sienne – là où la rési­gnation n’est possible que d’avoir usé le présent à coup de « si seulement… ».

Un peu plus loin, Steffens cite Alain Cugno :

« L’acquiescement authentique à la souffrance ne vise pas la souffrance elle-même, mais le refus de l’esquiver, afin de pouvoir la surmonter de l’intérieur. »

Sursum Corda ! Haut les cœurs ! Il y a du pain sur la planche…

Petites Soeurs de Jésus en Ceuta

Ceuta, 7 mai 2015

Bien chères petites sœurs et amis,

Depuis plus d’un an de discernement et préparation, réflexion et prière, le moment est arrivé de nous mettre en route pour venir à Ceuta. Le 9 avril, nous avons débarqué sur cette terre pour commencer une nouvelle fraternité et vivre dans ce lieu de frontière, qui est une porte de l’Afrique pour l’Europe. Une ville de 80.000 habitantes, interculturelle et interreligieuse, où il y a la moitié de musulmans, une communauté chrétienne, une communauté juive et une autre hindou sindhîs. Il y a 40 mosquées, 7 églises, une synagogue et un temple hindou. Au niveau géographique, cette ville se trouve dans le nord du Maroc, et il y a 14 kilomètres par la mer jusqu’à l’Espagne : Algeciras. Ce passage on l’appelle « El Estrecho de Gibraltar ». Nous sommes entourés par la mer Méditerranée et l’Océan Atlantique. C’est une très belle ville et en même temps c’est une ville d’une grande complexité et de mille contrastes en très peu d’espace, 30 kms carrés ! Nous sommes en train de découvrir différentes réalités que nous parlent et touchent beaucoup : 8 kilomètres de grillage que tellement de gens essaient de sauter… la mer qui nous entoure partout où les migrants risquent leur vie pour pouvoir arriver… tout l’échange commercial de la frontière… les femmes mulets… la clandestinité : pas seulement des africains mais aussi des marocains et des algériens qui deviennent tous des personnes « sans papiers »… les conditions de travail sont durs avec des salaires très bas, surtout pour les femmes qui viennent tous les jours du Maroc… les enfants qui arrivent tout seuls et sont placés dans des structures du gouvernement… et le CETI « Centre de séjour temporaire pour les migrants » pour un premier accueil, géré par le gouvernement, avec une capacité de 500 personnes et beaucoup de fois ils sont deux fois plus… etc !

Depuis notre arrivée nous « campons » dans une pièce d’un appartement en attendant que les travaux de l’appartement où nous seront logées soient finis. Nous habitons dans un quartier très populaire : HADU. Les rencontres sont faciles, nous avons déjà fait connaissance avec nos voisins, avec les gens de notre quartier, les personnes qui vont à la paroisse, les migrants… nous sommes très bien accueillies par tous et la vie nous amène continuellement à rendre grâce pour le don de la Fraternité.

Nous avons fait un « pèlerinage » vécu avec beaucoup de respect et silence, illuminé et accompagné par la prière et la Parole de Dieu: « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » nous dit Jésus et ces jours-ci, Lui nous répète sans arrêt : « … demeurez en moi, aimez-vous… »… pèlerinage pas seulement intérieur mais aussi vers des lieux où la vie et la mort se retrouvent :

  • Benzu, où nous avons prié et découvert la brutalité des grillages infranchissables !
  • el Tarajal, l’unique endroit pour passer la frontière, où nos yeux ne peuvent pas croire ce qu’on y voit !
  • au CETI, où nous avons trouvé une grande humanité de la part de toutes les personnes qui travaillent là-bas. Ils nous ont ouvert les portes pour que nous puissions y aller et accompagner surtout les femmes qui ne sortent pas…
  • le Maroc, que nous apercevons de loin et qu`avec facilité nous pouvons rejoindre. Avec un passeport européen, c’est facile…et à côté, des centaines et centaines des jeunes qui sont cachés dans la forêt en attendant le jour béni de passer chez nous….Combien de visages nous avons déjà rencontrés qui resteront pour toujours gravés dans notre cœur ! Rabat, Castillejos et aussi Tanger où nous avons pu rejoindre l’évêque Santiago qui est un vrai frère !
  • S’arrêter sur la plage pour prier, pour  cueillir les fruits de la journée et contempler la beauté de cette nature nous fait aussi rejoindre la tragédie qui, dans la Méditerranée, se vit et où continuellement meurent des personnes sans nom et que nous, maintenant, nous commençons à pouvoir connaître…presque tous ceux que nous avons connus, ont vécu au cours de leur traversée cette expérience de la mort d’un ami, d’un membre de la famille…c’est trop difficile d’écrire ce que nous avons écouté !

Nous avons fait, en ces jours, l’expérience que la mort n’a pas le dernier mot, la force de vie et de leur foi sont tellement grandes que notre espérance grandit, nous rentrons dans le Mystère Pascal avec chacun d’eux, et cela est une grâce qui nous change au plus profond de nous-mêmes !

Un mot, un regard, une petite salutation…nous a fait faire connaissance avec quelqu’un à la porte d’un magasin ou dans la rue, en nous amenant à pouvoir écouter des histoires inimaginables de tout le chemin qu’ils ont fait pour arriver jusqu’à ici… Combien de souffrances !!!! Doucement nous avons créé des liens… commencé à nous faire des amis… Leur foi nous encourage et c’est leur soutien, quelle beauté ! Ils nous ont demandé d’aller prier avec eux…Ils nous expriment que ce dont ils ont besoin, c’est de pouvoir parler et confier ce qu’ils ont vécu, tout ce qu’ils portent dans leur cœur car ils ont « vu et vécu beaucoup »…Quelques-uns nous ont dit que c’est la première fois qu’ ils sont accueillis, salués… invités à manger…et pour nous, les voir chez nous est une grande joie et surtout les reconnaître !

Notre vie est colorée par des petits gestes très concrets, simples : accueillir les larmes, écouter un mot, risquer la relation, une parole d’affection, des regards qui se croisent et parlent de la détresse qu’ils portent dans leur cœur…des gestes que nous percevons comme des gestes évangéliques porteurs de vie, de force, de lumière, de paix ! En plus, vivre cela ensemble, en communauté est source d’un grand bonheur !

Nous faisons tous les jours l’expérience d’être soutenues par votre prière et affection. Nous vivons un moment où nous pouvons toucher que nous avons besoin des autres, un petit exemple : une femme, Jadija, qui nous accompagne les 3 kilomètres de la frontière jusqu’à Castillejos à pied, simplement pour pas nous laisser seules sur le chemin !!!!

Un cadeau : Alpha, un jeune de Guinée Conakry, que nous avons connu dans la rue, ce matin avec 32 collègues a eu la possibilité de prendre le bateau pour rejoindre la péninsule. Ceuta ne peut pas retenir tout ce monde qui arrive et au fur et à mesure ils sont « expulsés » mais cela leur ouvre aussi la possibilité de rester en Europe et de s’ouvrir un chemin, c’est leur rêve !! Etre témoin de leur joie au port et être avec eux a été pour nous une expérience forte et émouvante… leur traversée n’est pas finie ni les difficultés non plus… ils viennent maintenant à vers l’ Europe où ne sera pas facile pour eux !

Comme Moïse, cette terre qui devient notre « terre » est un lieu sacré que nous ne voulons pas seulement habiter, mais aimer et, en enlevant nos sandales, prier continuellement pour que « le Règne de Dieu vienne, pour que nous devenions des frères et sœurs sans barrière, sans crainte, sans mur ni grillage… »

C’est vrai, commencer une fraternité sans rien d’autre qu’aller à la rencontre, en cherchant un lieu où habiter et du travail pour vivre, en faisant du quotidien l’espace où notre cœur s’unifie pour vivre comme des filles bien-aimées du Père… C’est une grâce qui réveille en nous tous les désirs de suivre JESUS et de fixer notre regard seulement sur LUI…Vous pouvez rendre grâces avec nous de savourer la beauté d’un temps comme notre présent.

« Depuis que vous êtes ici, il y a comme une paix autour de nous.. » nous dit une voisine, cela est une petite perle qui sûrement va nous aider dans les moments peut-être plus difficiles, mais pour l’instant, avec cette Paix que Jésus nous offre, nous vous disons notre amitié et gratitude pour ce que vous nous avez donné en étant sur l’autre rive !!

Gloria, Luigina Maria, Paloma et Rosaura